SCÈNE lT
Les précédentes; JULIEN, tenant à la main plusieurs billets.
julien. A Tivoli! à Tivoli! j'ai des billets pour ce soir; qui est-ce qui en veut? je les emmène.
toutes, sautant de joie. Ah ! que c'est heureux !
mimi. Dieux! que j'ai bien fait de repasser ma robe de perkale !
goco. Et moi donc! qui n'avais que celle-là. (A Julien.) Ce sont des billets gratis?
julien. Eh! sans doute; on me les a donnés pour vous.
Air du Piège.
L'entrepreneur, un de mes bons amis, Prétend donner la fête la plus riche ; Tous les plaisirs y seront réunis,
Il l'a juré... voyez l'affiche...
Voulant étonner, éblouir,
Séduire l'œil, et toucher l'âme,
Il compte sur vous, pour tenir
Tout ce que promet le programme.
gogo. Quel dommage que ce ne soit pas aujourd'hui jeudi ! mimi. Et pourquoi cela?
gogo. Ah! c'est que j'ai presque une inclination.
georgina. Eh bien! par exemple, il serait assez prépondérant que vous vous permissiez à votre âge...
gogo. Pourquoi pas? mais c'est un amoureux qui ne sort que le jeudi et le dimanche: car il est en pension, et je ne pourrai pas le rencontrer aujourd'hui, (A Georgina.) n'estce pas, Mademoiselle?
georgina. Moi, d'abord, vous le savez, je ne veux pas y aller avec vous; j'ai des invitations plus personnelles, aux-
LES GRISETTES
T.JDHANNIU
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Joséphine. Ah! monsieur Julien, je suii bien malheureuse! — Scène 11.
quelles je suis obligée de correspondre... Par exempte, mes bonnes amies, si nous nous rencontrons, je vous prie de ne pas me reconnaître, parce que cela pourrait me faire du tort.
mimi. Tiens, c'est tout naturel; entre nous, à charge de revanche. Nous y allons donc toutes?
gogo. Moi, pour m'amuser.
georgina. Moi, pour m'établir.
paméla, soupirant. Et moi, pour me distraire.
toutes. Tiens! Paméla qui y vient aussi !
julien. Me voilà trop heureux : un seul cavalier pour six jolies demoiselles.
mimi. Nous allons avoir l'air d'une pension.
Joséphine, bas, à Julien. Sans doute; et vous ne serez jamais avec moi.
julien. Je vous demanderai à vous amener un ami, un jeune homme fort aimable.
paméla, soupirant. Un jeune homme aimable! julien. M. Anastase, un clerc d'avoué.
paméla. M. Anastase!
julien. Vous le connaissez?
paméla. Je l'ai vu quelquefois dans des parties avec M. Auguste,
mimi. Un clerc d'avoué... ah! tant mieux; nous voyons beaucoup de clercs d'avoués; ils sont tous si gais, si amusants! et puis c'est une bonne société.
geobsina. Vous avez raison : la bonne société avant tout : parce que souvent à Tivoli c'est bien mêlé, et il est si désagréable de se trouver confondue !
julien. Ainsi, Mesdemoiselles, à ce soir, à huit heures; soyez prêtes, nous viendrons vous prendre.
Joséphine. Vous vous en allez déjà ?
julien. 11 le faut bien : si mon banquier venait à rentrer.
mimi. 11 est donc bien sévère?
julien. Oui, avec nous; ailleurs, c'est un galant, un amateur, mais à l'insu de sa femme, car si elle se doutait que son époux va ainsi en catimini...
georgina. Ah! Julien, finissez... si vous allez faire des plaisanteries de mauvais ton... je n'aime pas cela.
mimi. Est-elle bégueule!
julien. Adieu, ma petite Joséphine, à ce soir. A propos, prenez garde à Derlange, ce négociant chez lequel vous avez déposé vos économies : on dit qu'il n'est pas très-solide; j'y passerai si vous voulez.
Joséphine. Pas aujourd'hui ; vous avez trop de choses à
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faire; mais demain, mon ami, ne l'oubliez pas. C'est le fruit de mon travail, c'est tout ce que nous possédons; je n'aurais plus rien à vous donner.
julien, lui serrant la main. Si, vraiment ; et tant que vous m'aimerez, nous ne manquerons de rien. Adieu, Mesdemoiselles; adieu, Joséphine.
toutes. Adieu, monsieur Mien.