‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 383 sur 1121 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Les précédents, JOSÉPHINE.

Joséphine, serrant son mouchoir en entrant. Bonjour, Messieurs, vous voyez que je n'ai pas été longtemps.

julien. Eh nfiùs! Joséphine, qu'avez-vous donc? vous avez les yeux rouges.

Joséphine. Moi? du tout... je ne crois pas,

julien. Et vous pleurez encore; ne craignez rien, parlez devant lui : c'est mon ami intime.

Joséphine, sanglotant. Ah! monsieur Julien, je suis bien malheureuse! je n'ai plus rien... je suis ruinée!'

julien. Que dif s-vous?

Joséphine. Cette dame à qui je viens de porter une robe m'a appris la faillite de M. Derlange, dans laquelle elle est même compromise.

julien. C'est ma faute : je devais y courir sur-le-champ.

Joséphine. C'eût été inutile, il était déjà trop tard!., je voulais prendre mon parti, ne vous en rien dire, mais je n'en ai pas le courage.

anastase. C'était donc bien considérable?

Joséphine. Si ce n'était que cela, je ne pleurerais pas : mais maintenant que je n'ai plus rien, je ne peux plus épouser Julien.

anastase. Quoi! vous croyez ?

Joséphine, pleurant. Non, Monsieur; c'est moi qui ne veux plus : je ne veux pas que ces demoiselles puissent dire que je lui dois ma fortune, et qu'il m'a fait un sort, je suis trop fière pour cela; ainsi, Monsieur, puisque vous êtes riche, puisque vous avez une place...

# julien. Mais du tout : c'est que je ne l'ai plus.

Joséphine. Comment! que dites-vous?

anastase. Que son banquier l'a renvoyé; qu'il est comme vous, qu'il n'a rien : des deux côtés la dot est égale.

Joséphine, essuyant ses yeux. A la bonne heure ! me voilà rassurée.

Air de la Ville et du village.

S'il ne m'épouse pas, du moins Il n'en épousera pas d'autres; Sur l'avenir calmez vos soins, Mêmes destins seront les nôtres:

Nous nous marierons quelques jours, Mon cœur en garde l'espérance ; En attendant, aimons-nous toujours, Cela l'ait prendre patience.

julien. Je te le demande, comment veux-tu que je ne l'aime pas?

anastase. Eh! parbleu ! j'en ferais bien autant que toi. Joséphine. Et puis tout n'est pas désespéré : Georgina, une de ces demoiselles, va faire un bon mariage; elle m'a

LES GRISETTES

dit tout à l'heure qu'elle me prendrait avec elle; nous nous établirons ensemble.

anastase. A merveille! voilà une fortune qui recommence ; moi, pendant ce temps, j'épouse ma comtesse, je touche la dot, je vous donne vingt-cinq à trente mille francs.

Joséphine. Et nous voilà plus riches que jamais.

anastase. Tu le vois donc, tout est réparé; nous retrouvons tout : plaisir, fortune, et toi surtout, douce espérance, plus douce encore que le bonheur même... Qu'est-ce que je te disais ce matin? gaieté, philosophie, bien plus, amour véritable, vous n'existez qu'ici! Dieux! que tu es heureux !.. Jevaisretrouvermacomtesse,ou plu tôt lui adresser une épître.

Air : Amis, voici la riante semaine.

Je vais écrire, en chevalier fidèle,

Que mes parents débarquent aujourd'hui;

Et que ce soir, je ne puis avec elle

En tète-à-tète aller à Tivoli.

Oui, sur l'hymen, qui déjà me réclame,

J'aime bien mieux avec vous m'étourdit1;

J'aurai demain pour penser à ma femme,

Mais aujourd'hui ne pensons qu'au plaisir.

{Il sort par le fond.)

Page 1