‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 433 sur 1121 · Scène iv · texte numérisé non relu

Scène iv

Les précédents, AMÉLIE DE LAFERRIER, ACHILLE GROSBOIS.

amélie, à Achille. Ne l'avais-je pas dit, que nous la trouverions en méditation?

adèle. Dieu ! . . madame de Laferrier ! amélie. Bonjour, ermite.

adèle, s'efforçant de rire. C'est bien aimable à toi de ne pas m'abandonner; à vous aussi, monsieur Grosbois.

achille. Nous causons de vous à chaque instant du jour, Madame.

amélie. Puisque tu ne viens pas, il faut bien que je fasse la route. J'ai amené le- docteur avec moi, ne sachant pas voyager seule. Eh! mais, qu'as tu donc? est-ce que tu aurais | pleuré, par hasard?

adèle. Ah! ma bonne Amélie, j'ai bien du chagrin.

amélie. Et quelle en est la cause?

adéle. Tu me le demandes?

amélie. Ton mari... c'est juste : j'aurais dû le deviner.

adèle. J'ai besoin que tu diriges le cours de mes idées... Je voudrais... je n'ose... ou plutôt, je ne sais ce que je voudrais, ni à quel parti m'arrèter. Conseille-moi, de grâce !

amélie. Adèle, tu connais mes principes là-dessus; je

n'empêche personne de me regarder faire ; mais pour -des conseils, je n'en donne jamais.

adèle. Cependant...

amélie. Ma chère amie, c'est comme cela; et puis, parler raison à un enfant, à quoi bon?

adèle, piquée. Comment, à un enfant?

amélie. Oui, à un enfant. Je puis bien le dire devant lui, (Montrant Achille.) il est discret, tu es encore ce que tu étais chez madame Destournelles, notre maîtresse de pension.

adélè. Tu vèux rire?

amélie. Non, ma chère, petite fille de la tète aux pieds, à cela près de la gaieté perdue, du nom changé, du professeur aussi, lecjuel, au lieu de f apprendre, comme l'autre, de l'histoire èt de la grammairè, l'enseigne l'art de périr d'ennui enlre quatre murs.

achille. Dommàge! vraiment dommage!

amélie. Tu es sous le joug.

adèle. Et comment m'y soustraire, puisque pour le rendre plus pesant encore il veut me séparer de celles qui m'aidaient à le supporter ! de mes meilleures amies!

amélie, riant. C'est une plaisanterie, je pense?

adèle. Non vraiment... il m'a priée de ne plus te voir, et m'a défendu de recevoir Sophie Marini.

amélie. Ah! moi, je suis seulement priée... Comment donc ! mais il y a là une nuance très-délicate dont je lui sais un gré infini. Tu lui as ri au nez, j'espère?

adèle, timidement et baissant les yeux. Non vraiment... je n'ai pas osé.

amélie. riant. Elle n'a pas osé... c'est délicieux!., alors, à ce compte-là, il faut donc que nous nous en allions.

adèle, avec crainte. Tu vas m'en vouloir de ma faiblesse!

amélie, gaiement. Moi, du tout; je trouve l'aventure charmante... et je la raconterai partout... c'est une bonne fortune.

adèle, effrayée. Y penses-tu?

amélie. Oui, sans doute... car c'est bien plus gai encore que tu ne crois... Imagine-toi que Sophie Marini, sachant par moi que je devais, ce matin, te faire une visite à la campagne... doit venir aussi.

adéle. Ah ! mon Dieu !

amklie. Avec M. Rodolphe.

achille. M. Rodolphe!.. Il me semble que je connais cela et que je l'ai vu.

Amélie. Oh! sans doute... à Tortoni.

Achille. Qu'est-ce qu'il est?

amélie. Il va à Tortoni;

ACHtLLE. J'entends bien... mais qu'est-ce qu'il fait?

amélie. Il déjeune chez Tortoni le matin... et le soir, nous letrouvonsengantsjaunes aux balcons de tous nos théâtres. Du reste, il est garçon, a vingt mille livres de rente... et c'est un adorateur d'Adèle...

ADÈLE; De moi?

amélie. Il te poursuit partout sans pouvoir t'atteindre, et en désespoir de cause nous adore, Sophie et moi, parce que nous sommes les meilleures amies.

adele. M. Rodolphe! mais je ne veux ni ne dois le recevoir... et maintenant surtout que je connais ses sentiments... c'est un parti que je prends de moi-même.

amélie. De toi-même? Non pas... c'est un détour indirect pour obéir à ton mari.

adéle. En aucune façon.

amélie. Et moi, j'en suis sûre. Je te commis trop bien. . Et voici le moment de développer tontes tes vertus conjugales, à commencer par la soumission; car j'aperçois Sophie et M. Rodolphe.

DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME

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