‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 432 sur 1121 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les précédentes, DARCEY.

darcey. Vous voilà , ma chère belle-sœur ! que vous êtes aimable de vous êlre rendue à notre invitation et de venir passer quelques jours avec ma femme! . Bonjour, Adèle... es-tu encore fâchée contre moi?.. (A Clarisse.) Nous avons eu une petite discussion ce malin.

Clarisse. Je m'en cloutais, et j'espère que cela se passera.

adèle. Jamais.

darcey. Ce serait bien long... Mon seul crime, autant que j'ai pu le comprendre, est de t'a voir amenée à trois lieues de Paris... à la campagne... comme tu !e désirais...

adéle. Je désirais y être, mais non pas seule...

darcey. Et moi... ne snis-jc rien pour toi? j adèle, avec dépit. Oh! beaucoup, sans contredit.... Un j mari et une femme ne font qu'un ; mais, comme je vous l'ai di!, je m'ennuie quand je suis seule.

darcey. Langage de femme conseillée, dont je ne tiendrai mil compte.

j adele. Exigences de mari auxquelles je ne me soumettrai i p£ts.

darcey. Des rigueurs... Un seul "ait et je me rends! adéle. Mille, s'il le fallait!

darcey. Encore?..

adéle. Vous n'avez jamais élé du même avis que moi. Au mo.ndre de mes désirs vous avez toujours eu une objection à faire.

darcey. Tout ceci n'est que vague ; tu ne précises rien, et je te demande des faits.

adèle. Dos faits! des faits ! (Pleurant.) Dieu ! que je suis malheureuse !

darcev. A la bonne heure, voilà du positif; et puisque tu crains de m'ac user,je me charge moi-même de ce soin... Je veux avouer tous mes torts devant ta sœur... Depuis quelque temps tu reçois chez toi une foule de jeunes coquettes dont la vie n'est qu'une déplorable erreur; tu n'aimes que leur société... tu ne suis que leurs conseils; et ce n'est jamais par elle-même qu'une femme se perd, c'est par ses amies intimes ; c'est par celles qui l'entourent. Les mauvais exemples commencent sa ruine en la décourageant, en la dégoûtant de ce qui est bien ; puis viennent les mauvais conseils qui la conduisent à ce qui est mal... Déjà elles qnt détruit chez toi le bonheur intérieur... Tu jettes un regard d'envie sur leur

folle existence. ..y Tu voudrais les imiter Tu brûles de

briller et de l'afficher comme elles; et moi qui suis ton ami, moi qui suis chargé de veiller sur ton honneur, qui m'appartient, qui est le mien, je dois d'une main sévère t'arréter au bord de l'abîme et t'em pêcher d'y tomber.....' Voilà mes torts, n'est-il pas vrai? ceux que tu n'osais me reprocher devant Clarisse.

Clarisse. Mon frère !

darcey. Après cela qu'elle m'en veuille, qu'elle soit fâchée contre moi... je trouve cela tout naturel... Pour être raisonnable il faut du courage. (A Adèle.) Mais crois-tu qu'il ne m'en faut pas à moi pour t'al'fliger... pour te causer du chagrin?., et c 'pendant j'y suis décidé.

ADÈLE, Vo is, Monsieur!

darcey, froidement. Tu sais qu'avec moi une décision prise est toujours exécutée, et voici ce que j'avais à te dire : je vais souvent à Paris pour mes affaires, j'y vais même aujourd'hui, toute La journée, et je voudrais qu'on mon absence ces dames, lu sais de qui je veux parler, ne vinssent ici qu'invitées par moi.

adele. Vous ne les inviterez jamais.

DIX ANS DE LÀ V1È D'UNE FEMME

darcey. Si, vraiment. 11 en est quelques unes qui ne sont que folles et étourdies, celles-là sont peu dangereuses... mais il en est d'autres que je redoute... madame de Laferrier, par exemple...

adèle. Mais son mari est un riche banquier en relation d'affaires avec vous.

darcey. Oui , un fort honnête homme , que je verrai le matin dans son cabinet ou dans le mien ; mais tu m'obligeras de ne plus voir sa femme... je t'en prie. Quant à madame Marini, ton autre intime, elle a fait, dit-on, la fortune de son mari par son crédit auprès des ministres, et celui-ci par reconnaissance croit devoir fermer les yeux sur la conduite de sa femme; moi qui n'âl pas les mêmes motifs d'indulgence, je le défends de voir madame Marini.

adèle. Me le défendre!

darcey, avec tendresse . Oui, mon amie, et tu m'ën remercieras un jour. Après cela, crois que mon amour te tiendra compte d'un pareil sacrifice.

adèle, sèchement. Je ne demande rien, Monsieur.

darcey, avec douceur. Je le vois, et tu m'obéiras sans cela... [Avec fermeté.) car tu sais que si j'ai de l'indulgence pour des caprices, je suis inexorable pour des fautes. Adieu, je pars. Mais auparavant, ma chère Clarisse, je voudrais vous parler un instant.

Clarisse. Très-volontiers.

adèle. Encore quelques complots contre moi?

darcey. Probablement... mais le complice que je choisis doit vous rassurer. (Il veut lui baiser la main, qu'elle retire avec humeur. Darcey sort avec Clarisse qui fait sitjne à sa sœur de se modérer.)

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