‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 436 sur 1121 · SCÈNE VIT · texte numérisé non relu

SCÈNE VIT

Les précédents, excepté ADÈLE et AMELIE.

(Achille examine les jardins. Rodolphe s'est étendu sur trois chaises, et bâille en huant avec sa canne.)

| rodolphe, regardant Clarisse. Elle est jolie, la petite sœur! j et je l'aimerais autant que l'autre! Moi je ne tiens pas au droit d'aînesse.

sophie, à Clarisse. Je suis bien heureuse de vous voir, ■ ma chère Clarisse, j'ai à vous remercier de ce que vou;. ; m'avez envoyé lors de ma dernière quête.

Clarisse. C'était si peu de chose !.. mes économies de demoiselle; et l'on doit rendre grâce à celles qui, comme vous, Madame, veulent bien se dévouer pour remplir un dei voir si pieux.

sophie. Cette fois du moins, et c'est assez rare, l'argent ! de cette collecte aura été bien placé. Une pauvre jeune fille, une orpheline, que l'ine\périence et la misère avaient ! livrée à la séduction...

I rodolphe, toujours étendu sur sa chaise. Voilà qui est horrible...

sophie. D'autant plu? que son séducteur l'a indignement abandonnée.*. Je ne vous le nommerai pas; quoique je le

DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME

connaisse... mais ce serait inutile, il n'est plus en France... il est très-loin... à l'étranger... en Russie...* Clarisse, vivement. En Russie?

sophie. Où il occupe une fort belle place; et certainement ce Valdéja aurait bien pu...

Clarisse. Valdéja!

sophie. Est-ce que je l'ai nommé?.. Pardon, c'est sous le sceau du secret... parce que cette jeune personne est vraiment d'une fort bonne famille... vous la verrez, vous l'entendrez.

Clarisse. Non, Madame... c'est inutile.

sophie. Et puis, qui sait?., il peut revenir en France et l'épouser; c'est peut-être son dessein, et il ne faut désespérer de rien... Eh! mais, qu'avez-vous donc?

Clarisse. Rien, Madame, rien... il fait froid dans ce jardin, et je ne me sens pas bien. (Elle s'appuie sur une chaise, à gauche ; et, pendant ce temps, Rodolphe qui s'est levé s'approche de Sophie.)

Rodolphe, froidement, et à demi-voix. Je ferais un pari.

sophie. Et lequel?

rodolphe. C'est que dans ce que vous venez de lui raconter, il n'y a pas un mot de vrai.

sophie. Et qui vous le fait croire?

rodolphe, souriant. D'abord, c'est que vous l'avez dit; niais vrai ou non, c'est bien trouvé; bonne perfidie pour perdre Valdéja dans l'esprit de sa maîtresse. Mais prenez garde, si jamais j'ai à me plaindre de vous, je le justifie.

sophie. Quelle idée !

rodolphe. Je ferai leur bonheur par vengeance.

sophie. C'est-à-dire que vous me menacez !

rodolphe. Du tout; mais avec vous il faut toujours être sur le pied de guerre, on ne peut jamais désarmer. Voici madame Darcey, la belle des belles. (// va au-devant d'Adèle qui entre pensive.)

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