‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 450 sur 1121 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DARCEY, VALDÉJA, puis CLARISSE.

darcey. Je vous demande quelle idée de sortir seule en voilure de place quand elle a dans son écurie six chevaux qui ne font rien! (Apercevant Clarisse.) Ah! vous voilà, ma chère belle-sœur! qui me procure de si bon matin une si jolie visite? N'est-ce pas à ma femme que yous vouliez parler?

Clarisse. Non, Monsieur, à vous, à vous seuL (Apercevant VcMèja.) Dieu!.. (ValJéja salue froidement.)

darcey, riant. J'étais bien sûr qu'il y aurait une reconnaissance pathétique... un ancien ami de la maison que depivs trois ans vous n'aviez pas vu; mais quel motif vous amène?

Clarisse. Ah! Monsieur... ah! mon cher beau-frère, nous sommes tous au ^désespoir.

darcey. Qu'y a-l-il? parlez.

Clarisse. C'est à vous seul que je devrais confier un pareil secret; mais je sais que monsieur Valdéja est un autre vous-même, et que vous n'avez rien de caché pour lui ; et à qimi bon du reste faire un mystère de ce qui demain ne sera que trop public?

darcey. Achevez, de grâce.

Clarisse. Mon père est perdu, déshonoré ; de nombreuses faillites lui ont enlevé toutes sès ressources, et demain il est obligé de déclarer sa honte 11 n'y survivra pas. Son existence, à lui , c'était l'honneur, la considération, et les perdre c'est perdre la vie; je lui disais: Pourquoi ne pas en parler à votre gendre, qui est riche, qui vous estime et vous aime!

darcey. Eh ! oui, sans doute.

Clarisse. Jamais, m'a-t-il dit: et il m'a défendu, sous peine de toute sa colère, de m'adresser à vous. valdeja. Et pourquoi donc?

Clarisse. M. Darcey, a-t-il ajouté, a pris ta sœur aînée sans dot aucune, et de plus il m'a déclaré qu'il te donnerait cent mille francs le jour de ton mariage. Cette nouvelle m'a rendu le courage je suis venue vous trouver

pour vous prier de reprendre vos bienfaits, d'en disposer en faveur de mon père. (Vivement.) Oui, Monsieur, ne pensez plus à moi, ne pensez qu'à lui, sauvez son honneur, je ne me marierai pas, je resterai dans la maison paternelle, et en voyant le bonheur que vous y aurez ramené, je ne passerai pas un jour sans vous remercier et vous bénir.

darcey, la serrant contre son cœur. Ma chère Clarisse!

valdéja, avec amertume. Ne pas vous marier! quelle folie ! CSt-Ce que c'est possible:?

Clarisse, étonnée. Et pourquoi, Monsieur?

valdéja, de. même Quelle somme faut-il à votre père?

Clarisse. Cent mille écus, aujourd'hui môme.

valdéja, brusquement. Vous voyez bien que votre dot ne suffirait pas. (A Darcey.) C'est moi, moi ton meilleur ami , qui compléterai cette somme.

Clarisse, avec angoisse. 0 mon Dieu!., recevoir de lui !.. jamais! et cependant mon pauvre père...

mRCEY. Enfant que vous êtes, est-ce que cela se peu!! Es!-ce que je laisserais payer à un étranger les dettes de ma famille !

valdéja, avec amertume. A un étranger!.. darcey. Pour elle, du moins.

valdeja, froidement. Oui, tu as raison... un étranger

pas autre choie .

darcey, à Clarisse. C'est moi que cela regarde ! Rassuivzvous, Clarisse; l'amitié qui m'unit à votre père... tout s'arrangera.

Clarisse, lui sautant au cou et Vembrassant. Ah! quelle bonlé ! quelle géirérosité!

darcey. Ii faut, avant tout, consoler M. Evrard, lui rendre le calme; et je suis content maintenant que ma femme soit allée ]e voir.

Clarisse. Ah! Adèle est près de lui? tant mieux.

darcey. Vous le savez bien , puisque vous lui avez écrit hier fie venir.

Clarisse. Non vraiment, je ne lui ai pas écrit , et j'aurais dn le faire.

darcey. Comment! votre père malade et souffrant ne l'attendait pas ce matin?

Clarisse. Non, Monsieur. .

darcey, à part. Et cet empressement à sortir... de si bonne heure... seule... en voiture de place! (Se rapprochant de Valdéja et à demi-voix.) Que dis-tu de cela?

valdéja, de même et froidement. Rien ! pourrais-tu soupçonner... ?

darcey. N'i pi porte... je saurai.

Clarisse, s'approchank de Darcey. Eh mais! qu'avez- vous donc?

darcey. Rien, rien... Venez, je vais passer chez mon banquier, et vous porterez vous-même à votre père la somme dont il a besoin. C'est à vous, Clarisse, qu'il devra sa joie et son honneur. . . Venez, venez avec moi. (Il sort avec Clarisse.)

Page 1