‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 462 sur 1121 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

VALDÉJA , LE DOMESTIQUE de l'hôtel, RODOLPHE.

le domestique, annonçant. Monsieur Rodolphe !

valdéja, à part. Rodolphe ! pour le coup, c'est d'une force d'impromptu... (Rodolphe entre, équipé de la même manière que Valdéja; deux épées sous le bras gauche, son chapeau sur sa tète, une boile a pistolets à la main droite ; Valdéja et lui

se trouvent face à face près de la porte et s'examinent long- \ temps.)

valdéja. Monsieur, j'allais chez vous.

Rodolphe. Vous êles bien honnête; si je l'avais su, je vous y aurais attendu.

valdéja. Le motif de votre visite, Monsieur? Rodolphe. Le motif de la vôtre?

valdéja, lui montrant toutes ses armes. Ces préparatifs -là l'annoncent suffisamment.

Rodolphe, de même. Et ceux-là donc, qu'en dites-vous?

valdéja. Je dis que je les vois sans les comprendre.

Rodolphe. Alors je vais vous conter cela. (7/ dépose ses armes sur la table.) Allons, faites comme moi, débarrassezvous du fardeau. (Valdéja l'imite.) Vous dites donc que vous ne comprenez pas?

valdéja. C'est à ce point que je doute si vous êtes vraiment le Rodolphe que j'allais chercher.

Rodolphe. Eh bien ! moi, je suis plus avancé que vous; je suis convaincu que vous êtes le Valdéja auquel je veux avoir affaire.

valdéja, étonné. Ah !

Rodolphe. Il n'y a rien de surprenant là dedans. Mon domestique, qui a vu entrer le vôtre dans cet hôtel, s'est informé à qui appartenait ce brutal de Moscovite; on vou ; a nommé, et je viens demander au maître raison de l'outrage de son valet. Oui, Monsieur, il s'agit d'abord de me ren Ire, à l'instant même, le portrait et les lettres enlevés par violence, et de m'accompagner ensuite sur un terrain de votre choix.

valdéja. Les lettres n'existent plus, je ne saurais vous les rendre; pour le portrait, je le garde; et quant à vous accompagner sur un terrain, vous avez pu juger que c'était mon seul désir.

Rodolphe. A votre tour, m'en direz-vous le pourquoi?

valdéja. C'est chose juste et fa île. Je suis amoureux de madame Darcey, vous avez été son amant, il faut que je vous tue.

Rodolphe. Comment dites-vous cela?

valdéja. Je dis qu'il f uit que je vous tue, parce que vous avez été son amant; ètes-vous sourd?

Rodolphe. Non, pardieu ! je vous écoute; vous pouvez vous flatter d'être un peu étonnant, mon cher monsieur.

valdéja. Vous trouvez?

Rodolphe. Ah! vous voulez me tuer parcj que... ah! ci, bien ; mais, et les autres?

valdéja. Quels autres ?

Rodolphe. Les autres, les tuerez-vous aussi?

valdéja. Sans nul doute... si je puis les conuiitre.

Rodolphe. Ah! ci devient une Sainl-Barthéletny ! Mus comme il ne me conviendrait en aucune façon qu'on me tournât en ridicule ou qu'on se m > piàt de moi au café Tortoni, nous allons dresser au préalable un petit protocole énonçant clairement les causes de notre conflit; car je ne me bats pas pour les femmes, moi.

valdéja. Il me semble cependant...

rodolphe. Je vous demande bien pardon ; mettez à la pl ice du portrait et des lettres que vous m'avez subtilisés tout autre objet à moi appartenant, vous me verriez exactement dans les mêmes dispositions, parcj que, quel qu'en lut le . mo'if, l'insulte aurait été la même. Règle générale, voyezvous : c'est toujours pour moi que je me bats. j

valdéja. Très-bien! Tenez, il faut que je vous le dise, je regrette de ne pas vous avoir connu dans d'autres ciivonstances;

RODOLPHE. Ah !

valdéja. Nous nous serions entendus.

rod'ji.phe. Peut-être bien... car, quoique ce soit la première fois que je vous voie, monsieur Valdéja, je vous cou-

DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME

naissais de réputation; madame Darcey nVst pas la seule

personne de la famille que vous ayez adorée et sa sœur

Clarisse...

valdéja, uvec colère. Monsieur !

Rodolphe. Il paraît que vous les aimez toutes; moi je n'en aime aucune, ce qui revient exactement au même, et c'est en ce point-là que nous nous ressemblons. Je pourrais donc, au sujet de Clarisse, vous confier un secret...

valdéja, impérieusement. Et moi, je vous conseille de ne pas prononcer ce nom devant moi, et de vous taire.

Rodolphe. Ce serait une raison pour me faire parler; mais comme en parlant je vous rendrais service, je m'en garderai bien, du moins en ce moment, Vous voudriez peut-être, par reconnaissance, différer le combat, et c'est ce que je n'entends pas.

Valdéja. Ni moi non plus.,., partons*

Rodolphe, se mettant à la table. Un instant; il faut auparavant que je rédige le petit protocole.

valdéja, avec impatience. Eh! Monsieur...

rodolphe. Je ne me bats pas sans cela. [Écrivant.) « Afin « d'éviter toute interprétation fâcheuse, il est bien entendu

« de la part. .. » (Parlant.) Voulez-vous en être, oui ou non, avant que je passe outre?

valdéja. J'ai mes causes de combat; elles ne sauraient changer, surtout maintenant.

rodolphe. Comme il vous plaira. [Ecrivant.) « la part « du sieur Rodolphe, que les motifs qui l'ont porté à pro- « voquer en duel le sieur Valdéja ne sont autres qu'une « belle et bonne injure personnelle îvçuedo ce dernier di- « rectement; qu'en conséquence les femmes n'y sont pour « rien.» (Parlant.) Signez-moi cela et approuvez l'écriture.

valdéja, avec ironie. Du moins, Monsieur, et pour qu'on vous croie, mettez en tète que ce n'e^t pas une plaisanterie.

Rodolphe. La rédaction l'indique suffisamment; mon ca* ractèré bien connu fera le reste.

valdéja, riant. Ah! ah !.. (Usùjne.) Tenez...

Rodolphe. Mainten mt, marchons.

valdéja. Marchons...

rodolphe, en montrant les épées. Emportons-nous toute cette ferraille?

valdéja. Comment nous battrons-nous?

uodolphe, avec insouciance , Comme il vous plaira,

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Adèle. C'esl bien aimable à loi de ne pas m'adandonner. — Acte 1", scène 4.

valdéja- A la rigueur, j'aurais le choix des armes, je vous le laisse.

Rodolphe. J'ai un faible pour le pistolet... Je suis plus fort à lepée, cependant; mais au pistolet la besogne est moins fatigante.

valdéja. Le pistolet, soit.

Rodolphe. Chacun les nôtres?

valdéja. J'y consens.

rodoi niE, lui et Valdéja ont pris chacun leur boite. Ditesmoi donc, nous avons l'air de bijoutiers courant la pratique.

valdéja. Pourquoi non? La mort est un chaland tout comme un autre, et nos âmes, dit-on, sont des joyaux divins.

Rodolphe. Vieilles idées sans base et sans soutien. valdéja. Pour l'un des deux, Rodolphe, le doute aura cessé d'exister aujourd'hui !

Rodolphe. Ya comme il est dit! (Ils sortent.)

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