‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 463 sur 1121 · ÉVR\RD, CLARISSE, ALBERT MEL VILLE · texte numérisé non relu

ÉVR\RD, CLARISSE, ALBERT MEL VILLE

Clarisse, à Evrard. Eh bien! mon père, vous voyez qu'il n'y a plus d'inquiétude à avoir. Voilà votre crédit plus solide que jamais, et l'estime publique n'a pas cessé un instant de vous environner.

évrard. A qui le dois-je? au meilleur des hommes; à mon gendre, à mon fils... car un fils n'aurait pas fait davantage. Vous saurez (et cela vous regarde, mon cher Melville), qu'il n'a voulu rien diminuer de la dot de Clarisse. Elle aura toujours cent mille francs en mariage.

albert. Je vous prie de croire, mon cher oncle, que ma cousine, n'eût-elle rien, je la préférerais encore à toute autre femme; car je ne l'ai pas quittée depuis son enfance. Je sais quel trésor de sagesse et de vertu je trouverai en

LAGNY. — Imprimerie de VuLiT cl Cie. — M» 3 — -

DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME

elle. Et alors peu importe sa dot; mi place et mon travail suffiront toujours à nous faire vivre honorablement. Mais c'est dans un mois à peu près que ce mariage doit avoir lieu ; et, avant d'en fixer le jour, il est une chose dont je voudrais vous parler.

évraud. Qu'est-ce donc?

ALiiEitT. Je n'ose pas, tant que Clarisse est là.

Clarisse. Moi, mon cousin?

albert. Et cependant, je le sens, c'est devant elle que je dois vous avouer ce qui cause mes craintes et trouble mon bonheur.

Clarisse. Eh! mon Dieu, Albert, qu\y a-t-il?

albert. Je le dirai franchement : je vous aime, ma cousine, je vous aime d'amour, je n'ai jamais aimé que vous; et il me semble que cette tendresse, si vive et si brûlante, n'est pas partagée.

évrard. Y penses-tu?

albert, vivement, à Evrard. Je connais sa bonté, sa douceur, son amitié... Elle est parfaite avec moi comme avec tout le monde ; cela ne peut pas être autrement ... Mais enfin, elle ne m'aime pas comme je l'aime; je le crain-, du moins.

évrard. Et c'est là ce qui t'inquiète?

albert. Oui, mon oncle.

évrard. Eh bien! tu te trompes, et tu n'as pas le sens commun.

albert. Qu'elle le dise, et je la croirai. Oui, Clarisse, je m'en rapporte à vous maintenant comme toujours; j'en appelle à votre cœur, à voire franchise... m'aimez-vous?

Clarisse. Mais oiti... mon cousin.

albert, M'aimez-vous d'amour?

Clarisse. Non, mon cousin.

albert, à Évrard. Quand je vous le disais!

évrard. Et comment veux-tu qu'une jeune fille le réponde autrement?

Clarisse. Vous m'avez demandé de la franchise, Albert, et au risque de vous faire de la peine, je ne devais pas vous tromper. Je vous aime comme mon ami, comme mon frère, comme l'homme que j'estime le plus au monde, et à qui je confierai sans crainte mon avenir et mon bonheur... Ce que vous me demandez viendra sans doute, je le désire, je l'espère; je n'en veux pour garants que vos bonnes qualités et votre amour... Mais, quoi qu'il arrive, vous aurez en moi une amie sincère, une épouse dévouée... et une honnête femme. Cela peut-il vous suffire? voilà ma main. Je vous la donne devant mon père et devant Dieu, qui entend mes serments.

albert, lui prenant la main. Ah! je suis trop heureux encore! j'étais un fou, un insensé...

évrard. Non, tu étais amoureux, ce qui revient exactement au même. Ne parlons plus de cela, et ne songeons qu'à notre réunion d'aujourd'hui, dont je me fais une fête... une petite soirée de famille. Il y a si longtemps que nous ne nous étions trouvés tous ensemble. M. et madame Dusseuil viendront.

Clarisse. Nous aurons mon oncle et ma tante ! Tant mieux !

évrard. Et puis ma fille Adèle que je ne vois presque jamais. Elle me néglige...

Clarisse. Non, mon père, car la voilà.

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