SCÈNE II
Les précédents, ADÈLE; puis M. ET MADAME DUSSEUIL.
Adèle. Bonjour, mon père.
évrard, l'embrassant. Bonjour, mon enfant... Etton mari, où est-il donc?
adéle. M. Darcey? je n'en sais rien, mais il viendra probablement.
évrard. Est-ce qu'il ne te l'a pas promis?
adèle. 11 ne m'a rien promis... Je ne l'ai pas vu depuis ce matin. ±A madame Dusseuil, qui entre avec son mari.) Bonjour, ma tante... Vous avez un chapeau qui vous va à merveille... Vous n'avez que vingt ans.. Ce que c'est que d'avoir pris ma marchande de modes.
madame dusseuil. Je t'en remercie tous les jours, ma chère enfant.
adéle. N'cst-il pas vrai! Je vous donnerai aussi un lingère, madame Payât), rue Montmartre. Tout ce qu'elle fait est délicieux; c'est aérien. On a du génie maintenant.
m. DussEùii. Oui, mais le génie coûte cher.
adéle. Pour vous, mon oncle, un grave magistrat... Mais qu'est-ce qui coûte bon marché maintenant? rien! pas même la jus'ice... quoique vous li donniez gratis.
évrard; Tu seras donc toujours futile et légère?
madame dusseuil. Elle a raison, c'est de son âge.
adei.e. C'est ce qui vous trompe; je deviens la raison même. On se forme en trois ans de ménage; et dès que ma sœur sera mariée, je inc charge de lui donner des conseils... dont elle se trouvera bien, et son mari aussi... Vous verrez, mon cher cousin.
albert. Je tâcherai,- ma cousine, qu'elle ait un aussi bon mari que le vôtre, si toutefois cela est possible.
évrard. Non, sans doute ! car après ce qu'il a fait pour nous...
adèle. Et quoi donc?
évrard. Comment! tu l'ignores?
adèle. A moins de deviner. . .
évrard. Il nous a sauvés tous de la ruine et du déshonneur. adèle, froidement. Vraiment? c'est très-bien à lui. évrard. Et tu reçois ainsi une pareille nouvelle? Clarisse. Tu ne le bénis pas?
albert. Vousn'ètes pas fière de lui et de porter son nom?
adèle. Eh! mon Dieu, quel feu! quel enthousiasme! Croyez-vous donc que je ne sois pas de votre avis? J'ai commencé par vous dire que c'était très-bien... que je l'approuvais ; mais, après tout, c'est tout naturel. Darcey n'estil pas votre gendre? A qui donc appartient-il de secourir un beau-père, si ce n'est à un gendre?
évrard. A un gendre heureux, rien de mieux; mais...
adèle. C'est aussi ce que je pense; et ce qu'il a fait pour vous prouve qu'il s'estime heureux dans son ménage, et c'est ce bonheur-là dont il vous remercie.
évrard. Lui, du bonheur!., avec toi?
adele. Mon Dieu ! j'entends chaque jour des hommages et des regrets qui l'attestent hautement; et si j'étais comme ma sœur, si j 'étais demoiselle, vous recevriez vingt demandes pour une. Je m'en rapporte à mon mari lui-même; s'il était ici, il me défendrait contre les injustices de ma famille.
Clarisse. Tiens, le voici...
madame dusseuil. Tu n'as qu'à désirer, tout t'arrive à souhait.