‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 47 sur 1121 · SCÈNE IV; ADRIENNE, MAURICE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV; ADRIENNE, MAURICE

maurice. Ainsi, Adrienne, c'était toi...

adrienne, montrant de la main Michonnet, qui vià^t de sortir. Et lui, mon meilleur ami, lui qui m'est venu en aide... mais ne parlons plus de cela... tu as accepté...

maurice. A une condition... c'est qu'à ton tour tu ne refuseras rien de moi! J'ignore l'avenir qui m'est réservé, j'ignore si je dois, sur le champ de bataille, gagner ou perdre la couronne ducale que les états de Courtaude m'ont décernée; mais vainqueur, je jure de partager avec toi le duché que tu m'aides à conquérir, de te donner le nom que tu m'aides à immortaliser!

adrienne. Ta femme! moi!

maurice. Toi! reine par le cœur et digne de commander à 1 tous! Qui a grandi mon intelligence? toi. Qui a épuré mes sentiments? toi. Qui a soufflé dans mon sein le génie des grands hommes, dont tu es l'interprète?., toi! toujours toi!.. Mais, ô ciel! tu pâlis!

adrienne. Ne crains rien... tant de bonheur succédant à tant de désespoir aura épuisé mes forces.

maurice, l'aidant à s'asseoir sur le canane. Tu chancelles !

adrienne. En effet, untroubleétrange, une douleur sourde et inconnue s'est emparée de mol... depuis quelques mo-„ ments... depuis celui où j'ai porté à mes lèvres ce bouquet.

maurice. Lequel?

adrienne. Ingrate! je le prenais pour un adieu de départ, et c'était un message de retour!

maurice. Que veux-tu dire?

adrienne. Ces fleurs... envoyées par toi dans ce coffret...

Maurice, passant près de la lubie (1). Moi! je ne t'ai rien envoyé... ce bouquet, où est-il?

adrienne. Brûlé ! je croyais que tu nous avais tous deux repoussés et dédaignés... il était comme moi, il ne pouvait plus vivre !

MAURiCE,auec tendresse. Adrienne! mais ta main tremble., tu souffres beaucoup...

adrienne. Non, non, plus maintenant. (Montrant soncœur.) La douleur n'est plus là... (Portant la main à sa tête.) mais là... C'est singulier, c'est bizarre... mille objets divers et fantastiques passant devant moi... se succèdent confusément et sans ordre. . (A Maurice.) Où étions-nous? qu'est-ce que je te disais? je ne sais plus... Il me semble que mon imagination s'égare... et que ma raison, que je cherche à retenir, va m'abandonner... (Vivement.) Je ne le yeux pas... en la perdant, je perdrais mon bonheur... Oh! non... non... je ne le veux pas! pour lui d'abord, pour Maurice, et puis pour ce soir... On vient d'ouvrir, et la salle est déjà pleine! Je conçois leur curiosité et leur impatience; on leur promet depuis si longtemps la Psyché du grand Corneille!.. Oh! oui, depuis longtemps... depuis les premiers jours où je vis Maurice... On ne voulait pas remonter l'ouvrage...

(4) Maurice, Adrienne.

ADRIENNE LEGOUVREUR.

C'est trop vieux, disait-on... mais, moi j'y tenais... j'avais une idée... Maurice ne m'a pas encore dit : Je vous aime! ni moi non plus... je n'ose pas... et il y a là certains vers que je serais si heureuse de lui adresser, à lui, devant tout le monde, sans que personne s'en doute...

maurice. Mon amie, ma bien-aimée, reviens à toi.

adrienne. Tais-toi donc... il faut que j'entre en scène. Oh ! quelle nombreuse, quelle brillante assemblée ! Comme tous ces regards tournés vers moi suivent chacun de mes mouvements!.. Ils sont bons de m'ai mer ainsi... Ah! il est dans sa loge... c'est lui... il me sourit... {Murmurant entre ses lèvres.) Bonjour, Maurice .. A toi, Psyché, voici ta réplique.

Ne les détournez pas, ces yeux qui me déchirent, Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux. Qui semblent partager le trouble qu'ils m'inspirent.

Hélas! plus ils sont dangereux,

Plus je me plais à m'attacher sur eux! Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre,

Vous dis-je plus que je ne dois?

Moi, de qui la pudeur devrait du moins attendre Que l'amour m'expliquât le trouble où je vous vois; Vous soupirez, seigneur, ainsi que je soupire; Vos sens, comme les miens, paraissent interdits- C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire, Et cependant c'est moi qui vous le dis!

maurice , lui prenant la main. Adrienne! Adrienne! elle ne me voit plus... ne m'entend plus... Mon Dieu, l'effroi me glace... que faire?.. (Il agite la sonnette qui est sur la table ; paraît la femme de chambre.) Votre maîtresse est en danger... courez!., des secours!.. Moi, je ne la quitte plus... (La femme de chambre sort.) Ma présence et mes soins lui rendront peut-être le calme... (Prenant la main d' 'Adrienne.) Écoute-moi , de grâce !

adrienne, avec égarement. Regarde... regarde donc!.. Qui entre dans sa loge? qui s'assied près de lui?.. Je la reconnais, quoiqu'elle cache son visage! c'est elle!., il lui parle L. (Avec désespoir.) Maurice!., il ne me regarde plus!.. Maurice!..

maurice. 11 est près de toi...

adrienne, sans l'écouter. Ah! voilà leurs yeux qui se rencontrent, leurs mains qui se pressent! voilà qu'elle lui dit : Restez!.. Et moi, il m'oublie! il me repousse... il ne voit ; pas que je me meurs!

maurice. Adrienne!.. par pitié!

adrienne, avec fureur. De la pitié !

! maurice. Ma voix n'a-t-elle donc plus de pouvoir sur ton cœur?

adrienne. Que me voulez-vous?

maurice. Que tu m'écoutes un seul instant! que tu me regardes, moi... Maurice!

adrienne, le regardant avec égarement, Maurice!., non., il est près d'elle... il m'oublie !.. Va-t'en! va- t'en !

[Poursuivant Maurice, qui recule d'effroi.)

Va lui jurer la foi que tu m'avais jurée,

Les dieux, les justes dieux... n'auront pas oublié

Que les mêmes serments avec moi t'ont lié...

Porte... porte aux autels... un cœur qui m'abandonne... Va, cours, mais crains encor...

(Poussant un cri et reconnaissant Maurice.) Ah ! Maurice !.. (Elle se jette dans ses bras.)

maurice. Mon Dieu... venez à mon aide!., et pas de^ecours!... pas un ami... (Apercevant Michonnet.) Ah! je me trompais !.. en voici uni

Maurice, adrienne, michonnet.

michonnet, entrant virement. Ce qu'on m'a dit est-il vrai ? Adrienne en danger !

maurice. Adrienne se meurt!

michonnet, approchant le fauteuil de droite qu'il place au milieu du théâtre, et sur lequel Maurice dépose Adrienne à moitié évanouie. Non... non... elle respire encore!., tout espoir n'est pas perdu...

maurice, /approchant de l'autre côté du canapé. Elle ouvre les yeux !

adrienne. Ah! quelles souffrances! qui donc est près de moi?.. (Avec joie.) Maurice! (Se retournant et voyant Michonnet.) Et vous aussi!., dès que je souffrais, vous deviez être là... Ce n'est plus ma tète, c'est mu poitrine, qui est brûlante... j'ai là comme un brasier... comme un feu dévorant qui me consume...

michonnet, s'adressant à Maurice. Mais tout me prouve... ne voyez-vous pas comme moi les traces du poison... d'un poison actif et terrible...

maurice. Quoi!., tu pourais soupçonner...

michonnet, avec fureur. Je soupçonne tout le monde... et cette rivale... cette grande dame!..

maurice, poussant un cri d'effroi. Tais-toi!., tais-toi!..

adrienne. Ah! le mal redouble... Vous qui m'aimez tant, sauvez-moi, secourez-moi... Je ne veux pas mourir!.. Tantôt j'eusse imploré la mort comme un bienfait... j'étais si malheireuse... mais à présent je ne veux pas mourir... 11 m' lime!., il m'a nommée sa femme!

michonnet, étonné. Sa femmel

adrienne. Mon Dieu ! exaucez- moi!., mon Dieu! laissezmoi vivre... quelques jours encore... quelques jours près de lui... Je suis si jeune, et la vie s'ouvrait pour moi si belle !

maurice. Ah! c'est affreux!

adrienne. La vie !.. la vie !.. Vains efforts!., vaine prière !.. mes jours sont comptés!., je sens les forces et l'existence qui m'échappent!.. (A Maurice.) Ne me quitte pas... bientôt mes yeux ne te verront plus... bientôt ma main ne pourra plus presser la tienne!..

maurice. Adrienne!.. Adrienne!..

adrienne. 0 triomphes du théâtre! mon cœur ne battra plus de vos ardentes émotions!.. Et vous, longues études d'un art que j'aimais tant, rien ne restera de vous après moi... (Avec douleur.) Rien ne nous survit à nous autres...

32 ADRIENNE LECOUVREUR

rien que le souvenir... [A ceux qui V entourent.) Le vôtre, n'est-ce pas? Adieu, Maurice... adieu, mes deux amis!..

michonnet, avec désespoir et tombant à ses pieds. Morte... morte!..

maurice. 0 noble et généreuse fille ! si jamais quelque gloire s'attache à mes jours, c'est à toi que j'en ferai hommage, et toujours unis, même après la moi I, le nom de Maurice de Saxe ne se séparera jamais de celui d'Adrienne!

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VIALAT ET G'% IMPRIMEURS ET ÉDITEURS

« ETHE.GIVnW-—

FBiHCOis i". Il en a menti f — Acle t, scène 8.

CONTES DE LA REINE DE NAVARRE

LA K ETAIT OHE DE PATXE COMÉDIE EN CINQ ACTES, EN PROSE Représentée pour la première foi», à Pari», sur le Théàtre-Frjn?<»»i», le 13 octobre I950

PERSONNAGES. ACTEURS

CHARLES-QUINT, roi d'Espagne .... MM. Samson.

FRANÇOIS Ier, roi de France Geffroy.

GUATTINARA, ministre de la maison du

roi d'Espagne Régnier.

HENRI D'ALBRET, gentilhomme béarnais. Delaunay.

PERSONNAGES. ACTEURS

BABIÉÇA, courrier de cabinet M. Got.

MARGUERITE, sœur de François Ier. . M'»« Madeleine Brohan. ISABELLE DE PORTUGAL, fiancée de

Charles- Quint Favart.

ÉLÉONORE, sa sœur Fix.

La scène se passe à Madrid, dans le jardin du roi d' Espagne.

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