‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 470 sur 1121 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les précédents, VALDÉJA, paraissant à la porte du fond. (Les trois femmes s'arrêtent étonnées.) toutes trois. Valdéja!

valdéja s'incline et salue, puis les regarde attentivement. D'où vient donc, Mesdames, le trouble où vous jette ma présence? Aurais-je, par hasard, dérangé quelques combinaisons nouvelles?

sophie. Non, Monsieur, rassurez-vous.

valdéja. En effet, à votre joie mal déguisée, à votre physionomie radieuse, je vois que je n'ai rien empêché.

sophie, ironiquement. Pourquoi ne supposez- vous pas que cette joie nous vient de votre présence, Monsieur?

amélie, avec ironie. Et du plaisir que nous avens à vous voir?

valdéja, froidement. J'en doute, on n'aime guère l'aspect d'un ennemi et d'un ennemi vainqueur.

adéle, avec fierté. Est-ce pour me braver, Monsieur, que vous êtes venu chez moi?

valdéja. Non, Madame, un tout autre motif m'y amène, et c'est au nom de M. Darcey que je viens vous parler1.

adéle. Au nom de mon mari!

amélie, bas, et avec joie. Quand je le disais !

adéle. Que me veut-il?

valdéja. C'est à vous seule que je puis le dire. amélie. Nous renvoyer de chez toi; le souffriras-tu ? valdéja. Je viens pour éloigner le mal. sophie. Et vous restez avec elle?

amélie, riant. Ah! Monsieur croit se venger en nous privant de l'entendre; mais cette vengeance-là ressemble à une grâce.

sophie. Moi... je serai moins généreuse et bientôt, je l'espère, il nous entendra; je l'y forcerai bien. valdéja. Quand donc?

sophie. Le jour, et il n'est pas éloigné, où je vous apporterai des paroles qui vous frapperont à mort.

valdéja, lui tendant la main. Soit. Touchez là, et maintenant que c'est une affaire convenue et que nous sommes gens à nous tenir parole...

sophie. Sans adieu ! sans adieu ! (Elle sort avec Amélie.)

VALDÉJA, ADÈLE.

adéle. Qu'avez-vous à me dire, Monsieur, et quelles sont les propositions de M. Darcey?

valdéja. Ces propositions, si vous voulez bien leur donner ce nom, sont tout ce qu'il y a de plus simple au monde.

adéle. Mon mari se repent donc enfin du traitement affreux qu'il m'a fait endurer?

valdéja. Pas précisément, Madame, (Adèle le regarde.) pas précisément.

adéle. Monsieur, j'ai des droits que la volonté, de M. Darcey ne suffit pas seule pour détruire.

valdéja. Des droits! vous n'en avez aucun. Il vous a épousée sans dot; votre contrat de mariage ne vous assurait rien qu'après sa mort. Et grâce au ciel, quels que soient vos désirs à cet égard, vous n'avez rien encore à réclamer. Cependant, au milieu de l'oubli où il est pour vous, une femme, c'était votre sœur, est venue tout à l'heure prononcer votre nom. Elle a prié, elle a supplié, elle a peint avec les traits de son âme les angoisses de votre abandon. Une démarche de vous, et peut-être... vous ne l'avez pas faite. Néanmoins Ferdinand s'est ému, son cœur a parlé.

adéle, vivement. Son cœur a parlé ?

valdéja. Son cœur, ouvert à toutes les infortunes, même aux infortunes méritées, n'a pu résister aux instances de celle qui plaidait pour vous. Il vous a fait une pension, en voici le contrat.

adéle, avec dédain. Une pension ?

valdéja. Tout autre que moi aurait été chargé de vous en remettre le titre, mais il était essentiel que vous ne vous méprissiez pas sur les motifs de la générosité de Ferdinand. Sachez-le bien, ce n'est pas à Adèle Evrard, ce n'est pas à madame Darcey, c'est à un être souffrant, inconnu, qu'il tend la main.

adele. Inconnu!

valdéja. Prenez-vous le contrat?

adele, avec angoisse. Mais, Monsieur, la manière dont il m'est offert... (Valdéja dépose le contrat sur la table.)

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