‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 469 sur 1121 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les précédents, CRÉPONNE.

créponne. Madame! c'est le domestique de ce banquier, qui apporte une lettre.

adéle. M. Rialto?.. mais c'est une persécution!

amélie. M. Rialto! ce capitaliste étranger?

sophie. Dont lesécusontuneréputation d'espriteuropéenne?

adéle, riant. Lui-même.

amélie. Et tu lui fais faire antichambre?

adéle. Il est affreux !.. et il m'ennuie à périr.

amélie. Tu fais bien alors de ne pas le recevoir.

sophie. Mais du moins tu peux le lire... cela nous amusera.

adèle. Je ne demande pas mieux... et sous ce rapport-là son épître arrive à point. (Lisant.) « Ma belle dame... je ne « dirai pas que je vous aime; ce serait répéter ce qu: tout « le monde dit, et j'aurais l'air d'un écho... » (Parlant.) C'est joli !

amélie. Très-joli.

sophie. Mais oui, pas mal pour un madrigal à la financière.

adéle, lisant. « J'aurais l'air d'un écho, et ce n'est pas « avec des phrases que je voudrais payer le mien. » (S'arrëtant.) Payer le sien?

amélie, riant. Son écot.

sophie, riant. Celui-là est admirable!., continue, de grâce.

adele, lisant. « Ce n'est pas avec des phrases que je vou- « drais payer le mien... c'est par des attentions et des ser- « vices réels. J'apprends à l'instant que M. Albert Melville, « votre cousin, qui était sur le point d'épouser votre sœur, « vient de perdre sa place au ministère des finances, ce qui « va, dit-on, faire manquer son mariage... »

sophie, vivement. Manquer son mariage! y pense-t-il? Que deviendrait notre vengeance? que deviendrait Valdéja?

Il faut que ce mariage s'achève pour qu'il sache... oui

alors seulement je lui dirai tout.

amélie et adèle. Explique-toi...

sophie. Plus tard... Achève ce billet.

adele, con'inuanl. « Vous saurez qu'au ministère des fi- « nanecs on n'aura rien à me refuser tant qu'il y aura des

DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME

« emprunts à faire, et que j'aurai de l'argent à donner. Eh « bien! ma belle dame, dans une demi-heure votre cousin « sera réintégré dans sa place, et dans une heure son ma- « riage aura lieu. Pour cela je ne vous demande qu'un mot, « un seul mot, qui me permette d'espérer et me donne le « droit de mettre à vos pieds mes hommages et ma fortune. « Pour mon cœur, vous savez qu'ilyest et depuis longtemps. « Signé Rialto. » [Parlant.) Quelle extravagance ! amélie. Une extravagance?

adéle. Eh! oui, sans doute, à laquelle il n'y a pas même de réponse à faire.

sophie. Tu aurais donc un bien mauvais cœur? quand il y va du bonheur de ta sœur, de son mariage?

amélie. De la fortune et de l'avenir d'Albert, ton cousin.

sophie. Et mieux encore, de la réussite de nos projets, de la certitude de notre vengeance contre ce Valdéja.

amélie. Et tu pourrais hésiter?

adéle. Permettez donc... vous n'avez pas lu...

amélie. Qu'il t'offre ses hommages? où est le mal? tu n'es pas la première à qui il les ait adressés !

sophie. Bien d'autres grandes dames te les envieraient et te les disputeraient.

amélie. Et cependant ne seraient pas dans ia même position que toi, car c'est à la fois une bonne affaire.

sophie. Une vengeance...

amélie. Et une bonne action.

sophie. Donne, donne.

adéle. Que veux-tu faire?

sophie. Deux mots seulement. (Elle va écrire.)

adéle. Je m'y oppose.

sophie. Aussi, ce n'est pas toi qui écris, c'est moi. Tiens, Créponne, porte cette lettre au domestique; qu'elle soit remise à l'instant, il n'y a pas de temps à perdre.

adéle. Mais, encore une fois, je veux savoir... Dieu ! que vois-je?

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