‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 492 sur 1121 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ADÈLE, CRÉPONNE.

adèle. Te voilà, Créponne ?

créponne. Oui, bonne maîtresse. Ai-je été longtemps?

adèle. Non. Qu'a dit le docteur?

créponne. Qu'il fallait vous ménager! ne pas vous exposer au grand air. Cela vous tuera.

adèle, dfun air morne. Que veux-tu? il faut vivre. Dismoi, as-tu entendu parler de quelque chose? Fait-on toujours des recherches?

créponne. Depuis huit mois les poursuites se sont ralenties.

adele. Je tremble toujours de voir arriver les gens de justice... Et cependant, tu le sais, je ne suis pas coupable ; j'ignore encore comment mon beau-frère a été attiré dans cette horrible maison. Et quand il a été frappé, je courais à ses cris et à son aide, je te le jure.

créponne. Je le sais bien !

adèle. Et quoique dangereusement blessé', il en reviendra, n'est-il pas vrai? il n'en mourra pas? Mais moi, la honte, la misère... 0 mon Dieu! mou Dieu! quel chemin depuis dix ans! Quand je pense à ce que j'étais, et à ce que je siiis maintenant. C'est un rêve, un rêve affreux que je tremble de vijir finir, car je crains le réveil!.. (Elle tousse.) Puisque tu es sortie, as-tu vu les numéros? notre lernc l'avons-nous gagné?

créponne, éludant. Madame...

adèle, avec insistance. Avons-nous gagné?

créponne. Mais...

adéle. Réponds-moi donc ! avons-nous gagné? (Créponne baisse la tète.) Non! je le vois. (Elle se met à pleurer.)

créponne. Faut pas vous chagriner, Madame; ça augmenterait votre mal.

adèle. Au surplus, je le savais, je Lavais vu dans les certes. Mais Sophie Marini prétend que les numéros sortiront ce mois-ci.

créponne. Oui, croyez celle-là et ses conseils!

adèle. Elle doit s'y connaître, elle y met si souvent! Et mes derniers bijoux, cette chaîne que ma sœur m'a donnée le dernier jour où je l'ai vue.

créponne. Eh bien! celte, chaîne?

adèle. Elle m'a conseillé de la vendre pour suivre nos numéros, et je l'ai priée de s'en charger.

créponne. Il est donc dit qu'avec ses conseils elle vous perdra jusqu'au bout.

adèle. Le moyen de faire autrement! quand on n'a plus rien, ni amis, ni famille; car le monde entier doit ignorer maintenant ce qu'est madame Laurencin. (Elle se cache la tête dans les mains.)

créponne. J'ai cependant adressé votre demande à la mairie, et on doit la transmettre à toutes les dames de charité.

adèle, avec ironie. Et monsieur le maire, qu'on dit si bienfaisant!..

créponne. J'y ai été ce matin. Ce n'est pas loin, car notre maison touche à la mairie.

adèle. L'as-tu vu?

créponne. On m'a répondu qu'il était avec un de ses amis qui arrivait à l'instant même de voyage, et qu'il ne recevait personne.

adele. Toi seule m'es restée fidèle, ma brave Créponne, toi seule!

créponne. Et je ne vous abandonnerai jamais.

adèle. Dans peu de temps tu seras libre de tout souci! Mais je ne veux pas que, jusque-là, le désespoir m'approche ; je ne le veux pas! je ne ie veux pas! Allons, ne pleure pas... Voyons! tu sais bien que ça me fait mal.

créponne, essuyant ses larmes. Ah! mon Dieu! qui vient là?

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