SCÈNE III
Les précédents, SOPHIE.
sophie. N'ayez pas peur, c'est moi !
adèle. Et toi aussi tu ne m'as pas abandonnée! créponne, à part. Malheureusement!..
sophie. Ma chère, cela va mal. Tu sais, cette chaîne que tu tenais de ta sœur?
adèle. Eh bien !
sophie. J'ai été la vendre chez le joaillier nôtre voisin... un vieux qui l'a regardée bien attentivement, puis il m'a dit : De qui tenez-vous cette chaîne? — D'une dame de mes amies. — Qui est-c le? — Que vous importe? — C'est que, a-t-il ajouté en feuilletant un registre, cette chaîne, à ce qu'il me semble, est au nombre des objets qui, lors de l'affaire Lcopold) nous ont été signalés par la police.
adèle. Ah ! mon Dieu !
sophie. Alors, que te dirais-je? J'ai perdu la tète; et crai-
DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME
gnant les explications, je me suis enfuie de sa boutique en lui laissant la chaîne.
adéle. Quelle imprudence!
sophie. Je le sais bien ! car il a appelé ses garçons; et si l'on m'a suivie de loin et vue entrer ici.
adéle. On ne sait pas qui tu es?
sophiè. Peut-être! Car j'ai rencontré en montant ta propriétaire.
créponne. Que nous ne connaissons pas.
adéle. Il y a à peine quelques jours que son mari a acheté cette maison.
sophie. Et sais-tu quelle est cette femme? C'est notre ancienne amie.
adéle. Amélie de Laferrier?
sophie. Elle-même, dont le mari a continué à faire fortune.
créponne. Et qui est toujours restée au pinacle!..
sophie. Tandis que nous... (On frappe en dehors. Mouvement d'effroi.)
créponne, après un long silence. On a frappé.
adèle, avec terreur. N'ouvre pas!
sophie. Seràîent-ee déjà les gens de justice qui seraient sur tes traces?
adéle. Je n'ai pas une goutte de sang dans les veines. créponne, à part. Et le médecin qui a dit que la moindre émotion la tuerait! (Haut.) Qui va là?
une voix d'homme, en dehors. Est-ce ici madame Laurencin ? créponne. Oui.
la même voix. Ouvrez!
créponne. Pourquoi ?
la même voix. C'est une damede charité qui voudrait la voir. adéle. Ah! quel bonheur! (Créponne ouvre la porte.)