‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 505 sur 1121 · LE COMTE, AMBROISE · texte numérisé non relu

LE COMTE, AMBROISE

ambboise. Voilà, voilà. Ces grands seigneurs ont la parole haute. Mais le prétendu à bonne tournure. (Haut.) L'appartement de monsieur le comte est préparé.

le comte. Je te remercie, je n'en profiterai pas ! Dis à mes gens que je repars à l'instant.

ambroise, à part. C'était bien la peine, après tout le mal que je me suis donné ce matin. (Haut.) Je vais dire défaire avancer la voiture de Monseigneur.

le comte. Oui, c'est cela!

ambroise, prêt à s'en aller. C'est agréable de recevoir des personnages importants, des gens à équipage. Voilà notre cour encombrée de tous les mendiants des environs.

le comte, avec un peu d'impatience. Eh bien ! qu'on les renvoie.

ambroise. C'est bien aisé à dire. Il y a là surtout un aveugle qui fait un bruit...

le comte, vivement. Un aveugle, dis-tu? Tiens, donne ma bourse à celui-là.

ambroise, étonné, et regardant la bourse. Qu'est-ce que cela signifie? (S' avançant et regardant le comte.) Ah! mon Dieu ! voilà une ressemblance... et si vous n'étiez pas monseigneur, je croirais que vous êtes ce brave jeune homme... qui l'année dernière... à Paris... chez le docteur Forzano...

le comte, avec dignité. Hein? qu'y a-t-il?

ambroise. Pardon , Monseigneur, je me trompe sans doute. Il me semblait au premier coup d'Oeil... Mais quelle différence! ce bel équipage! ces grands laquais! Monseigneur est bien mieux. (A part.) L'air plus noble d'abord.

le comte. Qu'avez-vous donc? que voulez-vous dire?

ambroise. Rien, Monseigneur, je croyais reconnaître les traits... (Le regardant.) Allons, allons, au fait, il y a quelque chose. (Haut.) Les traits d'un jeune homme que j'avais vu à Paris, et qui m'avait parlé d'Olbruk, ma patrie.

le comte. Ah! ah ! tu es d'Olbruk ! tu connais le château de Rinsberg?

ambroise. Si je le connais! Ces quatre grandes tourelles...

le comte. Je veux parler de ses habitants. Peux-tu me donner des nouvelles de la comtesse de Rinsberg, de sa fille Emilie, et de cette jeune personne qui était chez elle, Valérie?

ambroise. Mademoiselle Valérie! elle est ici, chez madame Blumfeld, son amie.

le comte, vivement. Elle est ici ! (Se remettant.) Eh bien, mon ami, je reste ; c'est bien. Dis à madame Blumfeld que j'accepte l'appartement qu'elle a eu la bonté de m'offrir. Il fout aussi que je lui parle... mais auparavant, écoute, y a-l-il ici un homme d'affaires, un notaire?

ambroise. Pas précisément. Il n'y en a qu'un pour cette résidence et les trois villages voisins; de manière que quand il se trouve le même joui* un mariage et un lesta nient...

LE comte. C'est bien. Envoie-le cherchera l'instant, qu'il vii nue me pafléï1 ici, en secret; en secret, entends-tu bien? cl surtout n'en dis rien à personne.

ambroise. J'entends; celte fois-ci, ce ne sera pas pour un testament. (Pesant la bourse.) Allons, puisque noire jeune

maître a une prédilection pour les aveugles, je vais toujours

donner cela à mon ancien confrère, \A part.) et un peu aux autres, parce que ce n'est pas leur faute s'ils ne jouissent pas des mêmes avantages personnels. (Il sort.)

LE COMTE, seul. C'est maintenant que je suis le plus heureux des hommes, et que je crains de ne pouvoir supporter l'excès de ma joie. (Regardant par la gauche.) On vient de ce côté. C'est elle ! c'est Valérie!

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