ÉMILIE, ESTHER
émilie, allant à Esther, et lui prenant tes mains. Qu'as-lu donc? comme tu es émue!
esther. Ah! juge toi-même si c'est sans raisons... lis celte lettre... les dernières volontés de ma marraine... si bonne, si généreuse...
émilie, qui a parcouru la lettre. Elle te laisse toute sa fortune !
esther. A moi, ingrate, qui osais l'accuser...
émilie, lisant toujours. A la condition expresse de te marier !
ESTHER, Oui'..
émilie. Ce n'est pas possible!., elle qui détestait le mariage, et qui avait refusé tous les partis... clic qui a voulu vivre et mourir dans le célibat!
esther, rêvant. Elle me défend de suivre son exemple, et je connais enfin la cause de cette douleur sombre et cruelle qu'elle n'a jamais osé m'avoucr, et qui l'a conduile au tombeau!., tout est expliqué dans ces derniers vers qu'elle a écrits pour moi, et qui accompagnent sa lettre... (Prenant le paiiicr.) Ecoute^ ma sœur... écoule bien!.. (Lisant.)
A toi mes vieux, ma dernière pensée, Et le secret qui desséchait mou cœur!
A toi ces vers que, d'une main glacée, Je trace encor pour toi!., pour ton bonheur! J'ai quarante ans, je suis seule sur terre ; Et j'ai passé la saison des amours!
J'ai quarante ans! le bonheur d'être mère Ne viendra pas consoler mes vieux jours! J^e temps ne peut adoucir ma souffrance, Et, je le sens, je n'ai plus qu'à mourir! Car, à mon àse, on n'a plus l'espérance! Et je n'ai pas même le souvenir!...
émilie. Elle a raison!., vivre et mourir seule!., mourir sans avoir rien aimé!., elle a dû être bien malbcureuse!.. n'est-ce pas, ma sœur?
esther. Oui, c'est ce que je me dis depuis que j'ai lu sa lettre.
émilie. Et ce qu'il y a de plus généreux encore... elle a voulu te soustraireau sort dont elle avait fait l'expérience !.. elle a voulu t'obliger, te contraindre à te marier!., et que tu le veuilles ou non...
esther. C'est là le terrible!., c'est l'obligation de se décider, et de faire un choix!.. Car, moi, je n'ai jamais distingué personne... et ne pense à personne.
émilie. C'est fâcheux!., car si tu avais préféré quelqu'un, ça nous aurait bien aidées.
esther. J'ai beau chercher... je ne vois pas!., et je ne peux cependant pas faire imprimer le testament, en annonçant qu'il y aura concours.
émilie. Cela se répandra de soi-même!., dès que l'on saura qu'il y a ici une riche héritière, tous les prétendus arriveront, à commencer par les jeunes gens qui ont des charges à payer ! . .
esther. Je n'aime pas les jeunes gens.
émilie. Aimes-tu mieux les gens raisonnables?
esther. Encore moins! c'est si ennuyeux!
emilie. Qui voudrais-tu donc?
esther, hésitant. Quelqu'un... qui fût...
émilie, vivement. Entre les deux !
esther. Peut-être!..
émilie, vivement. Tu as donc une idée?
esther. A laquelle je ne m'arrêterai même pas!., quelqu'un qui va se marier.
émilie. Raison de plus pour se hâter!., et M. Edgard?...
esther, vivement. Est-ce que je l'ai nommé?
émilie, froidement. Depuis une heure.
esther. Luique j'ai dédaigné, refusé !.. est-ce que je peux revenir?., est-ce que je peux l'inviter comme pour une contredanse, et lui dire : a Monsieur, voulez-vous bien me faire l'honneur... »
émilie. Du tout!., tu ne paraîtras en rien là dedans, ce sera moi.
esther. C'est la même chose!.. Toi! ma sœur... tu irais me proposer!., tu irais à lui !.. jamais!
émilie. Et si c'était lui qui vînt à nous!., si cet entretien qu'il m'a demandé tout à l'heure, en la présence, était pour me parler de loi ?..
esther . En vérité !..
émilie. Après cela... vois toi-même s'il faut le recevoir ou le renvoyer.
esther, Moi, cela ne nie regarde pas!., je n'y suis pour rien !.. Mais il me semble qu'on peut toujours... émilie. Essayer de l'écouler?
LES INDÉPENDANTS
esther. Essayons!.. (Avec émotion.) C'est lui!..
Emilie, après un instant de silence , et à voix basse. Alors!., il faut nous laisser.
esther. J'allais te le proposer... {Lui serrant la madn.) Adieu!.. (Elle fait à Eclgard, qui entre, une grande révérence, et sort par le cabinet à droite.)