‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 561 sur 1121 · CARACALLA, GÉRARD, JULIE · texte numérisé non relu

CARACALLA, GÉRARD, JULIE

Gérard, posant son fusil. Encore une faction dans le sac à poudre. M'en voilà délivré, et grâce au ciel nous n'avons trouvé personne. Ma femme, un peignoir blanc; c'est le citoyen Caracalla qui vient se l'aire donner un coup de peigne.

caracalla. J'étais là z'à regarder ces deux factionnaires qui sont au coin de la rue, et quasiment devant ta porte. Ils ne laissent passer personne; mais moi c'est différent, ils m'ont porté les armes, parce qu'un municipal ça passe partout, ça vat à tout. [Il donne son gilet à Julie. Julie prend le gilet et le place sur une table.) Merci, citoyenne. (Julie lui présente un peignoir.) Dis donc, Gérard, es-tu z'à l'ordre du jour? sais- u le nouveau décret?

cérard. Lequel ?

caracalla. 11 est z'enjoint aux citoyens de se tutoyer, sous peine d'être suspects, comme adulateurs. Quelle belle idée! comme c'est patriotique!

jllie, lui passant le peignoir. Comment, les hommes tutoieront les femmes? les enfants tutoieront les vieillards?

caracalla. Les prérogatives de la nature.

jllie. Et que deviendra le respect, ia politesse?

caracalla. Supprimés par décret du 10 brumaire.

julie. Mais comment feront, par exemple, vos domestiques?

caracalla. D'abord, citoyenne, la nation ne reconnaît pas de domestiques. Attache-moi cela. (Montrant les cordons du peignoir.) Elle ne reconnaît que des égaux et des perturbateurs (Pendant ce temps, Gérard va et vient d'un côté et d'autre dans la boutique, et prépare tout ce qui lui est nécessaire pour accommoder Caracalla.) Si tu étais t'à la tète des choses, tu saurais que les domestiques ne peuvent pas exister sans qu'il y ait de ces cires dégradés par la fortune, qu'on appelait z'autrefois des ci-devant maîtres ; et la nation n'en reconnaîtra jamais... c'est invincible.

Gérard, à Caracalla, le faisant asseoir. Mets-toi là.

julie. Elle aurait pourtant bien besoin d'un maître, la nation ; et vous autres aussi. (Elle passe à droite et s'assied sur le bras d'un fauteuil, regardant toujours Caracalla.)

Gérard. Y penses-tu ? au lieu d'un nous en avons vingtcinq ou trente mille, qui ne nous coûtent rien de façon.

caracalla, assis. C'est juste.

Gérard, pr ignant Caracalla. Quel beau gouvernement que celui où l'on a toujours des fonctionnaires sous la main, des municipaux qu'on va prendre au pétrin du boulanger, ou dans l'échoppe du savetier!

caracalla. C"rtainemc])t. (Il se lève, et d'un tondéclamaleur.) Quand le peuple romain avait besoin d'un général, il allait dans Icscliamps, et il prenait z'un cultivateur. A propos de citoyen romain, encore un sacrifice à la patrie. (Montrant su queue.) Coupe-moi ça.

cérard. Comment ! tu veux...

caracalla, se rasseyant. Les municipal, c'est censément comme (1rs sénateurs romains; il faut qu'ils soient z'à la Titus... Fameux citoyen, que le citoyen Titus... A propos de queue, je t'ai vu pa-ser tantôt z'avec la patrouille; et toi, qui ordinairement va z'en tète, tu étais dans les traînards.

Gérard, tout en h- coiffant. Que veux-tu, citoyen municipal, c'est que les derniers souliers quç lu m'as faits me gênaient un peu.

caracalla. C'est possible; depuis que j'ai t'été nommé municipal, je néglige l'escarpin. Je ne fais plus de souliers, je fais des motions.

Gérard. Aux Cordeliers?

caracalla. Non, c'est des patriotes à l'eau rose; je vas à une autre société : tous purs montagnards dans celle-là. El si la citoyenne m'entendait quand je suis t'à U tribu ie...

julie, Je mo demande toujours où vous avez appris l'éloquence.

caracalla, se levant. Quand un citoyen z'actif a des principes solides (Gérard le fait asseoir) , il a beau ne rien savoir, il est propre à tout. (// se relève.) Voilà le résumé des droits de l'homme.

Gérard, le faisant asseoir. H a raison ; un bon citoyen n'a pas besoin d'étudier! il se suffit à lui-même.

caracalla. Celui-là me coaiprcnd, c'est pour cela que nous abattons tous ces monuments du despotisme ; la porte Denis, la porte Martin; et un tas d'es'atues et de palais, et des hôtels qui vexent le peuple. (Il se lève et va à Julie.) Raisonnons. A supposer que les places, comme tu voudrais l'inculquer, soient z'à la participation de ce que tu appelles des connaisseurs, des savants; hein.. . qu'arriverait-il?

julie. Vous ne seriez pas en place.

caracalla. Oui, mais nous retombons dans la féodalité et les accapareurs... voilà. Ain i, citoyenne, je t'invoque à plus de... je t'y invoque. (A Gérard.) Tu as donc fini? ça fait...

Gérard. Un assignat de cinq cents francs.

caracalla. C'est z'un peu cher ; on a eu tort de ne pas comprendre la coupe des cheveux dans le maximum.

julie. 11 n'aurait plus manqué que cela, après avoir supprimé la coiffure et la poudre.

caracalla. Citoyenne, lu es t'égoïstc, la révolution n'a pas été faite pour les perruquiers ; et tout de même, citoyenne, toi qui n.1 l'aimes pas la révolution, lu en uses. Gérard m'a tout raconté ; tu es bien aise de la trouver, pour divorcer, cette pauvre révolution.

julie. Moi!

caracalla. C'est singulier, comme cette loi du divorce a du succès dans les ménages ; les citoyennes eu sont folles; c'est une loi pour les femmes. Ces coquins de législateurs, ça pense à tout. (.4 Gérard.) Ah çà! c'est toujours pour ce soir ; et les témoins!

Gérard. Toi, le pâtissier Manlius, et les deux premiers citoyens venus.

caracalla. Ma foi, tu as aussi bien fait. A présent, on peut tout dire. Gérard, tu as déjà z'un remplaçant.

Gérard. Moi !

julie. Qu'est-ce que cela signifie?

caracalla. Citoyenne , tu n'as pas la parole. (A Gérard.) J'ai rencontré ce matin la citoyenne Cornélie, la rempailleuse, une des plus intrépides tricoteuses de la section , elle a vu, hier soir a la brune, un galantin, un muscadin, tranchons le mot, un individu qui se glissait par la fenêtre basse dans la chambre de ta femme.

Gérard, à part. On l'a vu !

caracalla. Et comme il n'est pas sorli, faut croire qu'il y est encore, et la preuve, (Montrant le chapeau que le marquis a jeté en entrant.) voilà z'un chapeau rond qui est le sien, car toi z'et moi n'en portons pas.

julie, à part. 0 ciel !

Gérard. Tu oserais soupçonner ma femme!

caracalla. Puisqu'elle ne va plus l'être. Seulement, elle a z'un peu anticipé, et voilà tout. (On frappe à la porte du cabinet à gauche.)

Gérard. On frappe à cette porte qui donne sur la place de l'Égalité. Femme, va ouvrir.

JULIE, embarrassée. Oui, oui, mou ami; oui, j'y vais.

caracalla, prenant son bonnet. Va donc, citoyenne; et |

AVANT, PENDANT ET APRÈS

moi, .j'ai le temps d'aller z'éconter les papiers chez Cassius le limonadier. {Donnant une poignée de main à Gérard.) Salut et fraternité. {H sort en chantant.)

Gérard. Eh bien! femme, lu n'entends pas?

.iulle. Oui, mon ami, e'est toi qui as la clé.

gérard. C'est juste. {Il ouvre la porte du cabinet et voit le marquis.) Dieu! le marquis!

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