‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 568 sur 1121 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DERNEVAL, MORIN.

morin. C'est vous, monsieur Derneval, qui frappez de si bonne heure à la porte de l'hôtel?

derneval. Oui, j'apportais à madame la comtesse et à sa fille cette romance d'Othello, qu'elle avait désirée hier soir. Ces dames sont-elles visibles?

morin. Point z'encore.

derneval. Et le général?

morin. M. le comte de Surgy? il est dans son cabinet. Voulez-vous lui parler?

derneval-. Oui, sans doute. C'est-à-dire, non; il pourrait croire... Remets-lui seulement ces papiers.

morin. C'est pour son procès ?

derneval. Justement.

morin. Une belle affaire, qui vous a fait z'honneur : je m'y connais, parce qu'un avocat, c'est censément z'un orateur, et que je l'ai z'été autrefois.

derneval. Toi, Morin?

morin. Oui, Monsieur.

Air de Oui et non.

Instruit ou non, ça n'y fait rien, On est z'orateur de naissance; Et l'on vous comprend toujours bien Quand on parle avec z'éloquence.

Pour l'orthographe, j' m'en passais, Car ell' m'a toujours t'nu rancune, Et l'on peut être bon Français Sans le parler z'à la tribune.

Mais ce que je vous en dis là, c'était dans les temps. Vous ète? trop jeune, monsieur Derneval, pour avoir vu ces temps-là, et vous ne savez pas tout ce que les honnêtes gens t'ont souffert; quand on a, comme moi, tout perdu z'à la révolution ; qu'on a z'été compromis pour avoir sauvé des nobles, pour avoir fait z'évader une famille entière.

derneval. Vraiment! ce brave Morin !

morin. Et c'est en mémoire d'un service pareil, que j'ai t'autrefois rendu z'involontairemenl au général et à son frère, qu'il m'a nommé depuis concierge de son hôtel, ce qui-est toujours plus sur que les honneurs et l'administration publique, surtout quand on n'est pas né dans la partie; cl puis, il y a des profits au jour de l'an, à la fête de Monsieur et de Madame, et dans les solennités de famille, et j'espère que nous allons t'en avoir une. Un mariage.

derneval. Que inedis-tu là? quoi! mademoiscllede Surgy...

MOiuN. C'est un secret; mais il n'y en a pas pour les portiers. Mam'zellc va z'épouser M. Alfred, son cousin , le fils de l'ancien marquis, ce jeune pair de France, qui est si aimable

derneval, à part. 11 est donc vrai !

MORIN. On l'attend même c' matin z'à déjeuner, et je parierais que c'est pour terminer z'iuvariableineiit.

derneval. Ah! il n'y a plus à hésiter; (Il se met à la table etécril.) il en arrivera ce qu'il pourra.

morin. Que faites-vous donc?

derneval, écrivant toujours. Rien. Puisque M. Alfred va venir à l'instant, j'ai un service à te demander.

Air des Comédiens.

Pourras-tu bien remplir avec mystère La mission dont je vais te charger?

morin.

Avec plaisir, lorsque l'on fut confrère, C'est bien le moins qu'on puisse s'obliger.

derneval, se levant.

Remets-lui donc...

MORIN

Parlez, que faut-il faire?

derneval.

Ce seul billet.

MORIN

C'est aisé : de grand cœur.

Et puis après?

derneval.

Ne rien dire et te taire.

morin.

C'est moins aisé quand on est z'orateur.

ensemble, derneval.

Mais c'est égal, lorsque l'on fut confrère, C'est bien le moins qu'on puisse s'obliger; Et tu sauras remplir avec mystère La mission dont je veux te charger.

MORIN

Mais c'est égal, lorsque l'on fut confrère, C'est bien le moins qu'on puisse s'obliger • Et je saurai remplir avec mystère a mission dont on veut me charger.

derneval. On sonne, c'est le général. Adieu. {Il sort par le fond.)

Page 1