SCÈNE
MORIN, LE GÉNÉRAL, sortant de l'appartement à droite.
le général. Eh bien ! Morin, et mes lettres, et mes journaux?
morin. Voici d'abord les papiers que vient de me remettre M. Derneval.
le général. Pourquoi n'est-il pas entré? Un brave jeune homme, un homme de talent, qui a plaidé pour moi deux ou-trois causes importantes; un ami de la maison, que j'ai toujours du plaisir à voir.
MORIN
Air : Qu'il est flatteur d'épouser celle. Voilà vos journaux que je monte; Mais je demand'rai pour ma paît Une faveur à monsieur 1' comte.
LE GENERAL
C'est le portier le plus bavard...
De paroles sois économe.
MORIN
M'sieurlit les journaux qu'il a r'çus, Et sij' l'ennui, ça s'ra tout comme S'il lisait un articP de plus.
C'est z'au sujet de mon petit-fils Chariot, que mon général a z'eu la bonté défaire élever et d'envoyer à l'enseignerai ut mutuel. Voilà z'à peine un mois qu'il y est, et il en s ait déjà plus que moi, qui n'ai jamais su ni lire, ni écrire, comme mon général lésait bien.
le général. Et où est le mal?
morin. Le mal, c'est que tous les concierges mes confrères, et celui de la vieille marquise, le suisse du n° 9, disent que c'est dangereux, et que ça peut lui donner de mauvaises idées.
le général. Que diable viens-tu me chanter là?
AVANT, PENDANT ET APRÈS
MORIN
Ant : L'amour qu'Edmond a su me taire.
Ils dis'nt que loin d' quitter l'ornière,
Il faut suivr' les chemins battus;
Ou' c'est pour vouloir êtr' plus cju' leur père
Que les entants se sont perdus.
A la routine, entant, restez docile,
Dussiez-vous y marcher tout seul; Et votre aïeul fut-il un imbécile, Soyez plutôt ce que fut votre aïeul.
le général, le reijardant. Si ce diable de Caraealla savait lire, je croirais quelquefois qu'il lit la... ou bien... Faismoi le plaisir de me laisser tranquille, et de retourner à ta loge.
morin. Ne vous fâchez pas, Monsieur, j'y pensais. Aussi b:cn je me rappelle qu'il y a là un vieux monsieur qui vous attend depuis un quart d'heure.
le général. Et tu ne l'as pas fait entrer sur-le-champ?
Air du Piège.
Je vous l'ai dit, je prétends et je veux
Que cet usage soit le vôtre, Que nul ne fasse antichambre en ces lieux ;
Un vieillard bien moins que tout autre.
Redoublant vos soins empressés,
Des qu'il -parait je veux l'entendre; Ses cheveux blancs doivent vous dire assez
Que lui n'a pas le temps d'attendre.