SCÈNE XII
Les précédents, DERNEVAL.
goberville. Mais, grâce au ciel, voilà aussi des nouvelles de notre arrondissement, mon neveu en arrive ; eh bien ! je suis nommé?
derneval. Non, mon oncle.
goberville. Et qui donc?
derneval. Le général.
goberville. Dans deux collèges à la fois... et mes nombreux amis?
derneval. Vous ont tenu parole; car Monsieur ne l'emporte que d'une ou deux voix.
goberville 11 serait possible! j'espère au moins, quoi que tu m'en aies dit hier, que j'ai eu la tienne?
derneval. Je vous en avais prévenu, et ne veux point vous tromper ; comme mon parent, mon bienfaiteur, je vous respecte, je vous aime; vous pouvez disposer de tout ce que je possède; mais de mon vote, de ma conscience, cela ne se pouvait pas.
goberville. Eh bien! tu seras déshérité! voilà ce qu'il y aura gagné.
le général. C'est ce qui vous trompe, Monsieur; il n'y aura rien perdu.
goberville. Que voulez-vous dire?
le général, serrant la main à Derneval. Que je ne punis point les enfants des fautes de leur père; et que le mérite et l'honneur, partout où ils se trouvent, ont droit à notre estime. Oui, (Montrant sa femme.) vous avez la nôtre, celle de mon neveu, qui renonce pour vous à tous ses droits; et si ma fille vous aime, quoiqu'il m'en coûte encore de renoncer à des idées qui m'étaient chères, je les sacrifie sans hésiter au bonheur de mes enfants.
derneval. Ah! Monsieur!
alfred. 0 le meilleur des hommes! (Au vicomte.) Eh bien ! que dites-vous de tout cela?
le vicomte. Rien ; j'en ai déjà tant vu, que je commence à m'y habituer.
le général. Et nous, mes amis, mes concitoyens, qui, après tant d'orages, sommes enfin arrivés au port, et qui goûtons, à l'abri du trône et des lois, cette liberté sage et modérée que tous nos vœux appelaient depuis quarante ans, conservons-la bien ; nous l'avons payée assez cher. Toujours unis, toujours d'accord, ne songeons plus au mal qu'on a fait, ne voyons que le bien qui existe; éloignons les tristes souvenirs, et disons tous, dans la France nouvelle : (Tendant une main à Derneval.) Union (Montrant dans le coin opposé Goberville restéseul, etle regardant d'un air de pitié.) et oubli.
CHŒUR
Ah! quelle heureuse nouvelle!
Ce choix si mérité
Récompense son zèle :
Le voilà député.
Sur cet heureux événement, Recevez notre compliment.
LE CHARLATANISME
COMÉDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE Représentée, pour la première fois, ù Paris, sur le thcAtre du Gymuase dramatique, le lO mal 1835.
EN SOCIÉTÉ AVEC M. MAZÈRES
DELMAR, homme de lettres.
RONDON, journaliste.
RÉMY, médecin.
M. GERMONT
SOPHIE, sa fille.
MADAME DE MELCOURT, nièce de M. Gcrmont. JOHN, FRANÇOIS,
domestiques de Dolmar.
La scène se passe à Paris, dans la maison de Delmar, rue du Mont-Blanc.
Le théâtre représente un salon élégant; porte au fond, et deux portes latérales; aux côtés de la porte du fond, deux corps de bibliothèque garnis de livres, et surmontés, l'un du buste de Piron, l'autre de celui de Favart ; à la droite du théâtre, un bureau; à gauche, une table, sur laquelle Delmar est occupé à écrire au lever du rideau.