SCÈNE V
LA PRINCESSE, qm est remontée avec Maurice jusqu'au fond du théâtre, L'ABBÉ, se jetant dans un fauteuil, à droite.
l'abbé. Soixante pages de Chimie! (Il tire de sa poche un flacon de sels, qu'il respire à plusieurs reprises.)
la princesse, redescendant le théâtre en rêvant et en regardant le bouquet. Une bouquetière qui attache ses fleurs avec des cordons soie et or !.. Cetembarras... cette froideur... sont de quelqu'un qui n'aime plus !.. cela peut arriver à tout le monde... mais si cette passion, qui lui a fait dédaigner la fille du czar... était, non pas pour moi, mais pour une autre!., une rivale! une rivale préférée I.. Je m'emporte!., bon... non... sans me mettre en avant, sans me compromettre... je le saurai. (Elle redescend toujours le théâtre vers le faut uil où, l'abbé est assis, et s'assied dans une chaise à côté de lui.)
l'abbé, respirant un flacon. Soixante pages de chimie! c'est au-dessus de mes forces! je donne ma démission! je renonce à mon emploi d'ami de la maison... (Regardant la princesse.) Puisqu'il n'y a, décidément, ni avancement, ni indemnité à obtenir...
la princesse, à part. Bt pourquoi dono, l'abbé?..
l'abbé. Que voulez-vous dire?..
la princbsse, à demi-voix. Ècoutez-moi vite !... Une amie à moi... une amie intime...
l'abbé. La duchesse d'Aumont?..
la princesse. Peut-être!., je ne nomme personne, désire,
(I) Maurice, lu princesse, l'iibué, qui vient d'entrer pur lu porte, à droite.
avec ardeur... avec passion. ..enfin... comme nous désirons, nous autres femmes... désire découvrir un secret que l'on cache avec soin.
l'abbé. Lequel?
la princesse. Quelleest la beauté mystérieuse... inconnue... qu'adore en ce moment Maurice de Saxe!., car il y en a une... Vous, l'abbé, qui savez tout... qui, par état, devez tout savoir...
l'abbé. Certainement !
la princesse. J'ai pensé que vous pourriez nous rendre ce service.
l'abbé. C'est très-difficile!
la princesse. Voilà un mot que je n'admets pas!
l'abbé. Pour moi surtout... qui, dans ce moment, n'ai pas de chance et ne suis pas heureux...
la princesse. Le bonheur dépend souvent de bien jouer... Les heureux sont les habiles...
l'abbé. Et sij'étais assez habile... pour découvrir ce secret...
la princesse. Je pourrais peut-être, à mon tour. ..vous en confier un... auquel vous paraissiez tenir...
l'abbé, arec joie. 0 ciel! est-il possible!
la princesse. Vous voyez donc bien que vous aviez tort de vous plaindre! Aide-toi, le ciel t'aidera ! Ce n'est plus de moi... c'est de vous seul que tout dépend... Adieu... adieu !.. (Elle sort par la porte à gauche.)