‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 637 sur 1121 · MISS HENRIETTE, BATH1LDE · texte numérisé non relu

MISS HENRIETTE, BATH1LDE

bathilde, entrant par le fond. Il me rappelle près de lui; son messager me l'a dit ; il veut me voir. Ah ! je me soutiens à peine.

miss Henriette. Madame, qu'avez-vous?

bathilde. Pardon, je vernis ici par l'ordre du gouverneur à qui j'aurais voulu parler.

miss Henriette. Des soins importants l'occupent en ce moment; mais je vais le fa're venir.

bathilde. Non, j'attendrai. (Elis s'assied sur le devant dulhédlre à gauche. Miss Henriette passe derrière elle, en la regardant avec intérêt, et s'en approche au moment où elle lui parle.) Dieu merci, ce sont du moins quelques instants de gagnés. Me voilà donc sous le toit paternel; étrangère, inconnue, je m'y glisse en tremblant, et qui sait? peut-èlre quand il m'aura reconnue, quand il saura qui je suis...

miss Henriette. Mon Dieu! vous paraissez souffrir.

bathilde. Oui, beaucoup.

miss Henriette. Si jeune ! quelle en est la cause? (Baih'lde se lève.) Ah! pardonnez mon indiscrétion, si je pouvais vous être utile, si je pouvais vous servir auprès de mon père...

bathilde. Quoi ! vous seriez?..

miss Henriette. La fille du gouverneur.

bathilde, à part. Ma sœur! ah! qu'elle est belle! (Elle la regarde.)

miss Henriette. Qu'avez-vous à me regarder ainsi?

bathilde. Votre vue me fait plaisir et me fait mal. (A part.) C'est l'amie d'enfance de Lionel, c'est miss Henriette.

miss Henriette. Vous me connaissez!

bathilde. Oui, par ceux qui vous admirent et qui chérissent vos vertus. Ils ont raison! les premiers mois de consolation et d'amitié que j'aie entendus en ces lieux m'ont été adressés par vous; je ne l'oublierai jamais.

miss Henriette. Qui donc êtes-vous? (On entend le bruit du canon éloigné.)

bathilde. Milord vous le dira; moi je n'ose... (Prêtant l'oredle.) Écoutez, écoutez ce bruit lointain!

miss Henriette. C'est le bruit du canon...

bathilde. 11 vient de Bunkers's-hill, cette redoute où, tout à l'heure encore, j'ai vu six cents Américains, décidés à mourir, se défendre contre toute l'armée anglaise.

miss Henriette, étonnée. Eh quoi! étiez-vous donc parmi eux?

bathilde. Oui, je les avais suivis; les balles ont atteint bien des braves! d'honnêtes et de vertueux citoyens ! moi, elles m'ont épargnée; et quand leur chef m'a aperçue : « Retirez-vous, retirez vous! » aM-il dit; il a pensé que je n'étais pas digne de mourir avec eux, ni pour une si belle cause.

miss Henriette. Ce chef, quel est-il?

bathilde. Ne me le demandez pas.

miss Henriette, vivement. Serait-ce Lionel?

bathilde. Ah! votre cœur vous l'a dit.

miss Henriette. Achevez, de grâce ; où est-il?

bathilde. Là-haut, peut-être. (On entend le canon, et un grand bruit à la porte du palais.)

miss Henriette. Je me meurs.

bathilde. Dieu! qu'ai-je fait; malheureuse que je suis! elle l'aime autant que moi... Mais quel bruit! (Regardant en dehors.) Lionel, Lionel! je l'ai vu; il s'élance à la tête du peuple; ils ont brisé les portes du palais. (Miss Henriette tombe évanouie sur un fauteuil.)

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