‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 643 sur 1121 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les précédents, COTING.

coting. Pardon d'entrer jusqu'ici, n'ayant trouve personne au magasin.

m. durreuil. C'est nous, Monsieur, qui vous faisons nos excuses... Ma femme, une chaise à Monsieur.

madame dubreuil, à part. Dieux! être obligée d'être honnête avec tous ces gens-là !

coting. Ne vous donnez pas la peine, je viens acheter quelques pièces de velours... Sans me connaître, vous avez peut-être entendu parler de moi : je suis M. Coting, un des premiers tailleurs de Paris.

Ain : Le briquet frappe la pierre.

Mais dans le siècle où nous sommes, Souvent les tailleurs, hélas!

Ne trouvent que des ingrats!

C'est nous qui faisons les hommes, Un tel... n'est qu'un ignorant...

Grâce au bel habit qu'il prend, On l'écoute en l'admirant.

A qui doit-il cette gloire?

A qui doit-il son esprit?

Il le doit à son habit.

Et quand je vois son mémoire, Cet habit.., Dieux! quelle horreur!

Il le doit ii son tailleur.

Vous savez que j'ai inventé l'étoffe qui porte mon nom, et qui a eu tant de vogue l'hiver dernier; et je viens vous consulter sur une espèce de velours que je voudrais créer, et que vous auriez la bonté de faire fabriquer. J'ai là des échantillons. (Pendant qu'il été ses gants.) Vous avez ici un petit local charmant.

m. dubreuil. Oui, c'est notre arrière-boutique, que ma femme a voulu que je fisse arranger en salon, (Montrant la porte du fond.) et qui a une sortie particulière sur la rue.

coting. C'est fort propre ; mais si vous venez chez moi, vous verrez, c'est tout en glace. De sorte que quand un client essaie un habit, il le voit double.

m. dubreuil, à part. El il le paie de même... (Haut.) Eh bien! Monsieur, vos échantillons?

coting. prenant plurieun papiers. M'y voici; non. c'est un billet de M. le comte de Saint Edmond !

madame dubreuil. Saint-Edmond?

coting. Vous connaissez?..

madame dubreuil. De réputation; ce jeune homme si aimable, si bril!a it.

élisa. L'oracle du goût et de la mode.

madame dubreuil. On nous en a beaucoup parlé dans toutes les sociétés où nous allons. (Bas, à M. Dubreuil.) Voilà le gendre qu'il vous faudrait.

coting. Moi, je ne le connais pas, impossible de le joindre; mais je connais son papier, et j'ai là une lettre de change passée à mon ordre, pour laquelle je me

suis mis en règle (Prenant d'autres papiers.) Ah!

tenez, vous voyez ces deux, nuances, ce velours noir et ce velours blanc; je voudrais... cela va vous étonner, mais moi, je suis un de ces génies créateurs qui visent à l'originalité... je voudrais combiner ensemble ces deux couleurs hétérogènes, et en faire jaillir une autre.

m. dubreuil. C'est déjà fait.

coting. Comment?

m. dubreuil. Nous avons le gris, le gris de souris, le gris perle...

coting. C'est dommage ; mais c'est égal, gardez-moi le secret; vous pouvez toujours dire que c'est moi qui l'ai inventé.

Air : J'ai vu le Parnasse des dames.

Par l'invention, moi, je brille ; Aussi, je ferai mon chemin.

dubreuil, lui montrant la boutique.

Par ici. . ma femme et ma fille Vont vous conduire au magasin.

J'ai plus d'une étoffe nouvelle Dont on admire la couleur; Et là, vous pourrez choisir celle Dont vous voulez être l'auteur.

coting, sortant avec Élisa. C'est on ne peut pas plus honnête.

madame dubreuil, à Coting. Je voussuis, Monsieur... (A M. Dubreuil ) et quant à votre M. Bernard, ne nous en parlez plus; car nous le détestons maintenant plus que jamais. (On sonne.) Allons, encore du monde. Voilà, voilà, on y va. (Elle sort.)

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