SCÈNE II
Les précédents, ÉLISA.
madame dubreuil, s'asseyant sur un fauteuil. Approchez, Élisa, approchez, nous avons à vous interrog p sur une affaire importante.
m. dubreuil. Oui, mi fille, et surtout réponds-nous avec franchise, car nous ne'voulons que ton bonheur.
MADAME dubreuil. Levez la tète, Élisa. Auriez-vous envie d'être mariée?
élisa , vivement. Oui, maman. (Se retournant vrrs M. Dubreuil, et lu> faisant larévérence.) Oui, mon papa.
m. dubreuil. C'est bien, c'est bien, voilà un empressement qui est de bon augure.
madame dubreuil. Et voudriez-vous épouser le fils de M. Bernard le tapissier? (Lui faisant signe de la tête de dire non.)
élisa, hésitant. Non... non, maman.
m. dubreuil. Comment, non?
madame dubreuil. Ah! monsieur Dubreuil, permettez : vous ne devez pas l'intimider; il faut qu'elle soit libre de répondre. (A sa fille.) Comment? tu ne voudrais pas être la femme d'un tapissier? te voir depuis le matin jusqu'au soir dans une belle boutique, à mesurer des franges et à aimer de la moquette ? (Lui faisant toujours signe de dire que non.)
élisa. Non, maman, non, certainement.
madame dubreuil, à son mari. Vous voyez que je ne lui fais pas dire... (A sa fille.) Est-ce que tu aimerais mieux, par hasard, un jeune homme comme il faut, qui n'aurait rien à faire toute la journée qu'à mener promener sa femme au bois de Boulogne, en calèche ou en tilbury, qui lui donnerait des bijoux, des cachemires, (Regardant son mari avec attention.) et qui ne regarderait jamais le mémoire de la marchande de modes?
élisa, vivement. Ah! oui, maman; voilà le mari qu'jl nie l'aul ; et je n'en veux pas d'autre.
m. DuitHEiiiL. El mai, morbleu ! j'entends, Mademoiselle...
mai-âme dubreuil. Vous le voyez, malgré nos conventions, vi, is allez vous emporter.
m. dubreuil. Non pas; mais qu'elle voie au moins celui que je propose. Voici trois jours que Bernard est arrivé de Lyon; ses premiers moments ont été donnés a sa famille et à ses affaires; mais maintenant il nous appartient ; et je vous préviens que tantôt nous l'avons àdincr, pour que vous fassiez connaissance.
LES ADIEUX AU COMPTOIR
madame dubreuil. Eh! monDicu! nousleconnaissons do reste, par tout le bien que vous nous en disiez.
Ain des Amazones.
C'est un garçon honnête et raisonnable, Plein de bonté, d'esprit et de vertus.
ELISA
D'un caractère aussi joyeux" qu'aimable.
M DUBREUIL
Hé bien, morbleu! que vous faut-il de plus? Esprit, gatlé, prudence, bonté d'àme, Que de verlus!.. En voilà, Dieu merci ! C'est de quoi faire un héros .. et Madame N'y trouve pas de quoi faire un mari!
madame dubreuil. Oui, Monsieur; parce que je ne veux pas sacrifier ma fille, parce que nous ne sommes point faites pour subir continuellement l'humiliation du comptoir.
m. dubreuil. L'humiliation du comptoir! Ah ça! ma chère Jeannette...
madame dubreuil. Ah! Jeannette!..
m. dubreuil. Dame ! c'était votre nom, quand je vous ai épousée... (On sonne.) Et, tenez, tenez, vous qui n'êtes point faite... enten lez-vous la sonnette? voilà du monde qui arme. Allons, ma fille, ma femme, à votre poste.