‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 658 sur 1121 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

TIMOTHÉE, MAITRE SCHOON.

schoon. M. Timothée Dixon...s'il vous plaît?

timothée. C'est ici, Milord; donnez-vous la peine d'entrer. (A part.) Ça se voit tout de suite... c'est un grand seigneur déguisé.

schoon. Je vous demanderai la permission de m'asseoir, je suis horriblement fatigué...

timothée. Faites donc comme chez vous, Milord.

(A part.) lia beau faire! quelle taille distinguée

quel air vénérable... il y a des gens qui sont nobles malgré eux! (A demi-voix.) Nous sommes seuls, et vous pouvez sans crainte me faire connaître votre rang et votre nom.,.

schooïs. Mon nom... mon rang... vous voulez plaisanter, jeune homme... Je me flatte cependant d'être assez connu dans notre bonne ville de Londres... Pas un marchand de la Cité qui ne vous parle avantageusement de maître Jacobus Schoon, apothicaire.

timothée. Hein !.. plaît-il?., vous êtes apothicaire?

schoon. Pharmacien, comme ils disent maintenant, si vous l'aimez mieux.

timothée, à part. On ne peut pas tomber de plus haut!.. (Haut.) Et comment se fait-il que vous veniez pour sir Japhet... avocat?..

schoon. Je viens, avec une autre personne, pour un nommé Timothée Dixon!.. Serait-ce vous?..

timothée, interdit. Pour moi... Ah ! mon Dieu!..

schoon, le regardant. Eh! oui... il me semble bien que c'est vous-même...

timothée, à part. C'est de mon côté... c'est de ma famille!.. Après tout... apothicaire ! je pouvais tomber plus mal!., c'est même mieux que je n'avais droit d'attendre .. (Haut, avec sentiment.) Honnête vieillard, vous daignez dpnc me reconnaître...

schoon, quia mis ses lunettes. Parfaitement... pour vous avoir soigné... il y a trois mois... lors d'une discussion à coups de poing, avec ces matelots... qui vous avaient laissé pour mort devant ma boutique...

timothée. C'est donc cela que je ne remettais pas vos traits?..

schoon. Je le crois sans peine. . . une heure sans connaissance, même pendant qu'on vous rapportait chez maître Gibson, votre marchand... Et sans les ventouses que j'ai eu l'heureuse idée de vous appliquer entre les de.ux épaules... "

timothée. Très-bien!., très-bien... je me rappelle maintenant... Vous m'apportez votre mémoire...

schoon. Il est payé depuis longtemps.

timothée. Et par qui?

schoon. Par un jeune avocat... dont vous me parliez tout à l'heure, M. Japhet...

timothée. Encore lui !.. et il ne m'en a rien dit

0 Japhet! c'est moi qui te ruine... c'est moi qui suis cause de... (Se retournant vers Schoon.) Mais, alors, je ne devine pas, monsieur Schoon, !e motif de votre visite...

schoon. Ce n'est" pas étonnant... vous n'avez pas remarqué que, depuis mon arrivée, vous parlez toujours, et que vous ne m'avez pas laissé le temps de placer une parole...

timothée. C'est juste... chacun son tour...

schoon. Eh bien !... je viens au sujet d'une annonce, que vous avez fait insérer dans le Morning-Chronicle.

timotiiée. 0 ciel !.. vous savez, en ce cas, de quoi il s'agit!

schoon. Pas le moins du monde... Voici le fait en

JAPHET

deux mots : J'ai soigné, pendant quelques jours, chez moi, un nommé Gondolfin...

timothëe. Lord Gondolfin...

schoon. Eh non !.. au haut de ma maison... dans «H grenier, un pauvre diable d'assez mauvaise mine, et qu'au premier abord je vous aurais livré pour un vrai gibier de potence.

timothée. Ce n'est pas cela... ce n'est pas cela, du tout.

schoon. Eh! si vraiment... c'est cela!., laissez-moi donc achever... Mon hôtesse, qui est une excellente femme, lui servait de garde-malade, et pour le distraire lui lisait le journal.

timothée, avec compassion. Pauvre homme!

schoon. J'arrive pour voir l'effet d'une potion que je lui avais fait prendre le matin, comme elle lui lisait.

les annonces et à côté de la mienne sur l'hydrc-

phobie...

timothée. C'est vrai, nous la lisions tout à l'heure : s'adresser chez M. Schoon, apothicaire.

schoon. C'est moi-même... après mon annonce, venait la vôtre.

timothée. Celle qui commence par ces mots : « Les personnes qui auraient des renseignements relatifs à la naissance... »

schoon. Justement... A cette lecture, le malade parut violemment agité... il essaya de se soulever, et me fit signe de m'approcher, indiquant qu'il avait un aveu pénible à me faire.

timothée. Je sue à grosses gouttes... et il a parlé?..

schoon. 11 l'aurait fait à l'instant même, sans une paralysie qu'il avait sur la langue.

timothée. Que le diable l'emporte!., il y avait tant de maladies à son choix... il n'en manque pas, et il faut justement que ce soit celle-là... n'importe, conduisez-moi vers lui ! je le ferai causer.

schoon. Cela vous sera difficile, il est mort depuis environ trois quarts d'heure.

timothée. Mort! quelle fatalité!.... il ne pouvait pas attendre.

schoon. Il n'a eu que le temps de griffonner, et avec peine, ce peu de mots que je vous apporte. {Il lui remet un papier.)

kmothée. Un nom... Tristram Plumcake, pas davantage ; n'importe, nous voilà sur la trace... silence, monsieur Schoon, silence!

schoon. Il s'agit donc d'une affaire bien délicate?..

timothée. Excessivement délicate au fait, pourquoi ne vousdirais-je pas la chose, mon brave monsieur Schoon, vous êtes un honnête homme, serviablc, plein d'humanité, apothicaire, d'ailleurs, ce qui annonce que vous êtes investi de la confiance publique et particulière; sachez donc qu'il s'agit de rendre un héritier légitime à une famille des plus riches et des plus puissantes... un fils unique!

schoon. En vérité!

timothée. A moins qu'il n'y ait des frères et sœurs,

ce dont nous n'avons aucune preuve légale votre

zèle, dans une telle affaire, serait dignement récompensé.

schoon. Fi donc... je ne demande rien; je suis audessus de cela ! vous sentez bien ... le plaisir d'obliger. .. voilà tout, et la pratique de l'honorable famille, si cela se trouve...

timothée. Vous l'aurez, honnête monsieur Schoon... /

je vous en réponds vous qui m'avez prodigué vos

soins... mais achevez votre ouvrage : il s'agit de nous mettre en rapport avec ce sir Plumcake, et, pour cela, il faut le trouvera tout prix...

schoon. Cela ne sera pas difficile... il m'atten 1 dans la rue... (Appelant par la fenêtre.) Hi !.. par ici...

timothée. Lord Plumcake...

schoon, vivement. C'est un lord?..

timothée. Ça vous étonne?..

schoon. Çi me fait plaisir... parce qu'il se fournit chez moi à crédit... c'est un voisin en face... que j'avais prévenu en venant ici mais je n'osais pas le

faire monter.

timothée. Ah ! mon Dieu !

schoon. Le voici !..

timothée, regardant Plumcake qui vient d'entrer en habit noir râpé. Qu'est-ce que c'est que ça?..

schoon. Je vous laisse, parce que j'ai mes affaires... et vous me tiendrez au courant de celle-ci... (A demivoix.) Ah ! c'est un lord !.. personne ne le connaît dans lequartier... et je nem'en serais jamais douté, (llsort.)

timothée, à part. Ni moi non plus, depuis que je le vois.

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