SCÈNE XVI
NANCI, HENRIETTE, puis LE COLONEL.
Henriette, à Nanti qui lui apporte son voile. Merci; maintenant... non, j'aperçois le colonel lui-même : laisse-moi.
le colonel. Quelle est cette jolie personne? [U la salue.)
Henriette. Pardon , monsieur le colonel , de m'adresser à vous sans être connue;
le colonel. Serai-je assez heureux, Madame, pour vous offrir mes services?
Henriette. Monsieur, je viens vous demander justice*
le colonel. A moi, Madame?
Air : Que d'établissements nouveaux.
D'un juge, loin d'avoir les droits, Je n'ai que ceux que l'honneur donne ; Je laisse le glaive des lois Pour porter celui de Bellone!
D'ailleurs, on dit que sur les yeux Thémis porte un bandeau fidèle,
• (Regardant Henriette.) Et je serais bien malheureux, Si dans ce jour j'étais comme elle.
Henriette. Cependant, Monsieur, c'est vous que cela
regarde, car c'est d'un de vos ofliciers que j'ai à me plaindre.
le colonel. Serait-il possible ?
HENRIETTE
Air : Tu ne vois pas, jeune imprudent. Nous protéger fut en tout temps La loi de la chevalerie, Et des guerriers les plus vaillants Ce fut la devise chérie !
Qui sera par nous invoqué?
Quel secours pouvons-nous attendre, Si notre sexe est attaqué Par ceux qui doivent le défendre?
le colonel. Oui, sans doute, Madame, et vous n'avez qu'à parler; vous pouvez être sûre qu'à l'instant même. . .
Henriette. Non ; l'offense fut publique, la réparation doit l'être...
le colonel. Vous avez raison. Justement voici ces messieurs qui reviennent de la parade. (Henriette met son voile.)