SCIPION, M. FRANVAL, AUGUSTE, VICTOR
m. franval. Salut à l'aimable jeunesse.
auguste. Bonjour, monsieur Franval.
scipion. Bonjour, mon professeur, asseyez-vous donc, je vous prie.
m. franval. Ça ne me fera pas de mal, car la montée est rude, et je me disais en route : Macte animo, gencrose puer! sic itur ad astra.
scipion. Vous avez raison; nous sommes un peu voisins des astres.
m. fbanval. Laissez donc; vous avez une habitation de petites maîtresses, vous êtes de vrais sybarites; de mon temps les élèves en médecine logeaient encore plus haut. Il est vrai qu'alors on avait de meilleures jambes; mais, vois-tu, mon ami Scipion, c'est un tempsà passer; à mesure que tu t'élèveras en réputation, tu descendras d'un étage.
scipion. (l'est pour cela, mon professeur, que vous (Mrs inaintenani au premier.
m, franval, Eb ! eh! c'est un compliment qu'il me fait là. Oui, mes amis, je me soutiens tant que je peux; niais dans ce moment-ci , l'ancienne médecine a bien
LA MANSARDE DES AUTISTES
CAiiiiLLE, Comme c'csl bien, Seine !l
du mal, nous défendons le teiTain unguibus et rostro , car il y a de dangereux novateurs.
scipion, à part. C'est bon, nous y voilà.
auguste. Oui, Scipion nous a conté cela.
m. franval. Imaginez-vous que, depuis cent ans et plus, on se moquait du docteur Sangrado et de son système; ch bien! nous y voilà revenus : l'eau chaude et la saignée, ou, ce qui revient an- même, les boissons et les sangsues. Les sangsues, ils ne sortent pas de là; c'est le remède de tous les maux : c'est la panacée universelle.
Air : Vos maris en Palestine.
Mais c'est en vain qu'on clabaude, La sangsue un jour passera,
Et tous ces marchands d'eau chaude
Ne font, on le voit déjà,
Que de 1 eau claire, et voilà !
Dans la rivière leur doctrine Conduira le corps tout entier; Et quittant son ancien quartier,
L'Ecole de médecine
Va v.nir au.v bains Vigicr.
scipion. 11 mo semble cependant, mon professeur, que, dans votre dernière ordonnance, j'ai vu se glisser quelques sangsues.
m. franval. Parbleu ! il le faut bien; si on ne les employait pas, on aurait l'air, dans le monde, d'un routinier, d'une tète à perruque; voilà comme ils nous traitent.
auguste. Eh bien! alors, comment faites-vous?
m. franval. à mon cours et à mon hôpital, je fais l'ancienne médecine, parce que c'est la bonne ; et dans le monde, quand j'y suis appelé, je fais la nouvelle, parce que les Parisiens ne se croiraient pas guéris, s'ils ne l'étaient pas à la mode. ( Victor va s'asseoir auprès de son tableau, et reste absorbé dans ses réflexions.)
scipion. Merci, mon professeur, je profiterai de la leçon.
si. franval. Et tu feras bien. Dis-moi, comment va M. de La Bcrnardière, chez qui je t'ai envoyé? scïpion. Un peu mieux, depuis ce matin, si. franval. C'csl une fièvre ataxique bien dange-