‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 737 sur 1121 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

RINVILLE, EMMELINE.

rinville, à part. J'avoue que pour une première entrevue la situation est originale.

emmeline. Eh bien! Charles, te voilà donc de retour?

rinville Oui, Mademoiselle.

emmeline. Mademoiselle! nesuis-jepas ta cousine?

rinville. Si, ma jolie cousine, me voilà auprès de vous, c'est tout ce que je désirais.

emmeline. Auprès de vous! comment! Charles, tu ne me tutoies plus?

rinville. Je n'osais pas, mais si tu le veux !

emmeline. Sans doute, entre cousins, où est le mal? n'était-ce pas ainsi avant ton départ?

rinville. Oui, certainement.

emmeline. Que de fois je me suis rappelé ce tempslà! les souvenirs d'enfance ont quelque chose de si vrai et de si touchant! te souviens-tu comme nous étions gais, comme nous étions heureux? et ma pauvi'e tante Judith, comme nous la faisions enrager ! A propos de cela, Monsieur, vous ne m'en avez pas encore parlé.

rinville. C'est vrai, cette pauvre femme; elle doit être bien vieille?

emmeline. Comment! bien vieille! mais elle est morte depuis trois ans.

rinville, à part. Ah! mon Dieu!

emmeline. Est-ce que vous ne le saviez pas?

rinville. Si vraiment, mais je voulais dire que maintenant elle serait bien vieille.

emmeline. Pas tant; mais te souviëns-tu quand, sans lui en demander la permission, nous allions à la. ferme chercher de la crème? c'était toi qui en mangeais le plus.

rinville. C'était toi.

emmeline. Non, Monsieur; et ce jour où nous avons été surpris par l'orage?

rinville. Dieu! avons-nous été mouillés!

emmeline. A l'abri de ton carriclc, que tu avais étendu sur moi... car tu étais Paul.

rinville. Et toi, Virginie.

emmeline. C'est charmant ; il n'a rien oublié! et le soir, te souviens-tu quand nous jouions aux jeux innocents; mais dans ce temps-là déjà vous étiez bien hardi.

rinville. Vraiment !

emmeline. Oui, oui, je merappcllo ce baiser que vous m'avez donné; mais ne parlons plus de cela.

rinville. Au contraire, parlons-en, comment! un baiser !

emmeline. Oui, là, sur ma joue; tu ne te rappelles pas que je me suis lâchée, et que je t'ai dit : « Charles, finissez, je le dirai à ma tante. » Mais je ne lui ai jamais rien dit.

rinville. Oui, oui, je nie rappelle maintenant... je crois même que le lendemain j'ai recommence.

emmeline. Non, Monsieur, du tout, puisque c'était la veille de voire départ.

rinville, à part. Je respire, car j'avais peur d'avoir été trop hardi.

LES PREMIÈRES AMOURS

emmeline. C'est le lendemain de ce jour-là que tu es parti. Et tu te rappelles bien ce que nous nous sommes promis en nous quittant?

rinville. Oui. sans doute.

emmeline, regardant en Vair. Vous savez bien, làhaut.

rinville, inquiet, et regardant comme elle. Oui, làhaut, je me rappelle.

emmeline. Eh bien ! Monsieur, je n'y ai pas manqué une seule fois; et vous?

rinville. Ni moi non plus. [A part.) Que diable cela peut-il être?

emmeline. Et toutes vos autres promesses, les avezvous tenues de même?

rinville. De même, je vous le jure.

Page 1