SCÈNE IX
Les précédents, CHARLES-QUINT, sortant du cabinet, à gauche. Il a entendu les derniers mots de Marguerite.
charles-quint, s' avançant au bord du théâtre. Quoi donc... Madame? (A la voix du roi, Marguerite a remis vivement dans son aumânière le papier qu'elle en avait retiré, et Babiéça s'est reculé a l'écart au fond du théâtre.)
charles-quint. Quel est ce message, dont vous faisiez à Babiéça, notre courrier, l'honneur de le charger, avec de si pressan tes reco m m andati on s ? . .
marguerite. Moins que rien, sire, un conte composé ici par moi, et que j'envoyais à madame la régente de France, ma mère, pour la distraire.
charles-quint. Un conte nouveau composé par vous, à Madrid, et dont le sujet est peut-être emprunté à la cour même d'Espagn 3?
marguerite Je ne dis pas non...
Charles-quint. Je suis très-curieux. . . je l'avoue...
marguerite. C'est le conte que je dois vous lire demain, sire ! Le serait enlever à Votre Majesté le plaisir de la surpi'isc.
charliïs-quint. Mais me donner celui d'admirer le premier;.. (Marguerite tire le papier de son aumânière et le présente au roi, qui l'ouvre cl qui lit: ) Ce qui plaît aux dames. Voilii un joli litre... Ce qui plaît aux dames, je serais bien embarrassé de le dire.
MARGUERITE. Vous, sirC?.. maisnous!..
Charles-quint. Eh bien! de grâce, qu'est-ce donc?..
marguerite. C'est de commander, sire, et d'être maîtresse au logis... ce logis fut-il une chaumière ou un palais!
charles-quint. C'est pardieu vrai!.. Et en effet. . . (Parcourant le conte.) c'est développé d'une manière ingénieuse
et piquante... (Lisant toujours.) Charmant... charmant
J'aurais peut-être préféré que l'héroïne ne convînt pas de son penchant à la domination... et arrivât à son but sans l'avouer...
marguerite. Votre Majesté a complètement raison... c'est beaucoup plus fin et surtout plus vrai!
charles-quint. N'est-ce pas? (Se reprenant.) au masculin du moins !
marguerite. Et au féminin aussi!., je m'en rapporte à la reine... que voici!