‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 74 sur 1121 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

BABIÉÇA, botté etéperonné, sortant du cabinet sur le second plan à droite; MABGUERITE, qui s'est rapprochée du cabinet, sur le premier plan à gauche.

babiéça , à la cantonade. C'est un procédé outrageant à mon égard...

marguerite. Eh! mon Dieu, Babiéça, à qui en as-tu?

babiéça. C'est-à-dire qu'on ne peut plus se fier à la parole d'un roi.

marguerite. Et toi aussi, tu parles politique ?

babiéça. Le roi m'avait promis, ce matin, qu'il ne m'emploierait plus comme courrier de cabinet... et il me fait dire à l'instant même de me tenir prêt à partir dans un quart d'heure pour la France.

Marguerite. En es-tu bien sûr?., pour la France?

babiéça. Le pays n'y fait rien! Le terrible... c'est de par-

LES CONTES DE LA REINE DE NAVARRF

tir... dans un moment comme celui-ci!.... Imaginez vous, Madame, que tout à l'heure... chez moi...

marguerite, à part, et sans l'écouter. Pour la France!..

babiéça. Je trappe, point de réponse; je frappe encore, on n'ouvre pas... je vais briser la porte... et seulement alors... arrive en se frottant les yeux... ma femme, qui se plaint d'avoir été réveillée en sursaut.

marguerite. C'est possible !

babiéça. Dormir aussi longtemps par un bruit pareil!.. (Avec colère.) et. une odeur de musc et d'ambre!.. C'était quelque grand seigneur... qui n'aura eu que le temps de s'enfuir par la fenêtre... Pas d'autre issue!

marguerite. Quelle vision !

babiéça. Une vision... Justement!., c'est ce que m'a soutenu" Sanchette et faute de pouvoir prouver le contraire... (car je ne le peux jamais, et c'est là surtout ce qui me désole) j'étais resté seul et m'habillais à la hâte de pied en cape, pour me rendre aux ordres du roi. J'avais mis mes bottes, mes éperons, et prenais mon chapeau pour sortir!.. Or, j'espère cette fois que ce n'est pas une vision, au lieu de mon feutre ordinaire, avec une simple ganse rouge et jaune, je trouve sous ma main. (Tirant un chapeau de dessous son manteau.) celui-ci qui n'est pas le mien ! Est-ce clair? est-ce évident?

marguerite. Peut-être!

babiéça. Et partir dans ce moment, sans pouvoir tuer quelqu'un!

marguerite. Eh! qui veux-tu tuer?..

babiéça, hors de lui. Je n'en sais rien!., puisque je ne le connais pas!..

marguerite, vivement, et à demi-voix. Eh bien , moi , je saurai tout ! j'en parlerai même à l'empereur, en secret, s'il le faut!., à une condition... c'est que tu partiras à l'instant sans rien dire!., car le bruit et l'éclat donneraient l'éveil et empêcheraient de savoir...

babiéça. C'est juste !.. Combien je vous remercie !

marguerite. En reconnaissance, je te demanderai, à mon tour... un service... un grand service. Tu pars pour la France?..

babiéça. Hélas ! . .

marguerite, tirant de son aumânière un papier. Eh bien !

promets-moi de remettre toi-même fidèlement, et sans

en parler à personne... à madame Louise de Savoie, régente de France...

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