‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 751 sur 1121 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

MADEMOISELLE DESROCHES, JUSTINE

mademoiselle DESitOCHES. Oui, bien du plaisir; tu j'entends - voilà comme sont les frères.

iustink. Ali bien ! mon oncle Poudrçetesl encore pire : car en ii ii m. Desroi le s. votre Irère, veut bien entendre parler de mariage, el tout ce qu'il dit là^dessus me

semble assez raisonnable. Pourquoi ne voulez-vous pas de M. Durand, qui me parait un m iri comme un autre, et c'est déjà beaucoup,

MADEMOISELLE DESROCHES. Ail ! Justine, tu Illî pCUX pas

me comprendre! S'il était le premier en date, ie ne dis pas : mais quand le cœur est déjà prévenu par une inclination antérieure !

Justine. Quoi! Mademoiselle, vous avez une inclination'.'

MADEMOISELLE DESROCHES. D'aUtàTlt phlS violente ,

qu'elle a été spontanée dans le principe, et qu'elle est sans espoir dans ses conséquences ; car qui sait si jamais nous pourrons nous rencontrer!

Justine. Est-ce qu'il n'est pas de ce quartier?

MADEMOISELLE DESROCHES. C'est CC que je lie puis dil'C.

Justine. Est-ce qu'il n'est pas de Paris?

mademoiselle desrociies. Je n'en sais rien.

justine. Mais, au moins, vous le conniissez?

mademoiselle desroches Oui, certes ; je connais son cœur ; mais pour son nom et son adresse, je les ignore totalement. Un bel inconnu, un jeune homme que j'ai vu la semaine dernière à Meudon, dans une partie de campagne : la mise la plus dégante, la coiffure la plus soignée ; et une voiture, un jockey, tout ce qu'il y a de mieux ! Juge, après cela, si je peux, penser à M. Durand ! Si tu savais, Justine, ce que c'est qu'un amour contrarié, ou une inclin itimi sans résultat!

Justine. Allez, allez, je le sais aussi bien que vous, et depuis longtemps. Est-ce qu'autrefois mon oncle Poudret n'avait pas dans sa boutique un jeune apprenti qui était de mon âge; est-ce que nous n'avions pas juré de nous aimer toujours?

mademoiselle desroches. Eh bien ! pourquoi n'ètesvous pas mariés?

Justine. C'est l'ambition qui en est cause : mon oncle consentait à nous unir, à condition que son élève lui succéderait et prendrait son fonds de boutique ; mais lui qui était jeune, qui avait de l'ardeur, qui ne demandait qu'à parvenir, n'a pas voulu être perruquier : il aspirait à être coiffeur; et mon oncle, qui tenait à la poudre et aux anciennes idées, s'est brouillé avec lui. et ils ne se voient plus.

mademoiselle desroches. Et qu'estdeveuu ton amant ?

justine. 11 est devenu un monsieur comme il faut, un artiste à la mode; il demeure rue Vivienne ; il a un salon pour la coupe des cheveux, et une école de perfectionnement ; il s'appelle M. Alcibiade.

mademoiselle desroches. Alcibiade! c'est un beau nom.

justine. Et puis, il est si joli garçon, si aimable, et il a tant de talent! Aussi je trouve tout naturel qu'il ait de l'ambition, et qu'il cherche à faire fortune. Vous sentez bien qu'il serait plus agréable pour moi d'être dans un beau salon, avec des miroirs et des meubles en acajou. Mais j'ai peur que toutes ces splendeurs ne {'éblouissent, que Vhuite de Macassar ne lui porte à la tète, et qu'il ne finisse par m'oublier.

mademoiselle desroches. Allons, ne vas-tu pas être jalouse ?

justine. Écoutez donc; il coiffe le faubourg Saint- Germain, la Cbaus.iée-d'Antin, et même la Nouvelle- Athènes !

Air : Du partage de la richesse.

Plus d'une dame, et jolie et coquette, Dont le peignoir embellit les attraits, En négligé, l'admet à sa toilette;

Je sais qu'il m'est fidèle... mais

Les occasions rend't tout facile; On dit qu'aux eh'veuK il faut les prend' sou tain... Jugez alors si j' dois être tranquille, Lui qui les a tous les jours sous la main !

A'Hsi je prévois qu'un jour j'aurai bien des chagrins ! Mais enfin, ea m'est, égal, je ni' ris pie ; et pourvu que

je devienne un jour madame Alcibiade... Ah! mon Dieu ! c'est mon oncle !

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