MADAME DE SAINT-ANDRÉ, ANTONINE, ESTELLE
madame de SAINT-ANDRÉ. Je suis pour ce que j'ai (lit : je crains qu'il ne soit un peu tyran. (Allant vers l'appartement à droite, dont elle ouvre la porte.) Ma fille, ma fille, je suis seule ici; tu peux y venir achever ta toilette.
antonine, allant se placer devant la glace. Si vous saviez, maman, combien je suis malheureuse? mon voile ne va pas bien du tout; il fait trop de plis...
estelle. Nous faisons cependant notre possible.
antonine. J'ai envie de n'en pas mettre.
madame de saint-andré, arrangeant le voile. Impossible, le voile est indispensable; c'est l'emblème de l'innocence, de la modestie, qui convient à une jeune personne... A propos, ton mari sort d'ici.
antonine, sans l'écouter. Ah! je crois qu'il faudrait une épingle.
madame de saint-andré. Il était désolé de ne pas te voir, et si tu avais été témoin de sa colère, de son impatience...
antonine, sans V écouter. Dis donc, ma sœur, je crois que ma ceinture ne me serre pas assez la taille.
estelle. Attends, je vais voir; regardez donc, maman, comme ma sœur est bien.
antonine. Ce n'est pas sans peine.
madame de saint-andré, tout en arrangeant sa toilette. Je n'ai pas besoin, ma chère amie, de te tracer la conduite que tû auras à suivre aujourd'hui : un air affable et attendri avec nos amis et nos parents, un maintien modeste et réservé avec ton mari ; si cependant tu peux y mettre une nuance d'affection, cela ne sera pas mal; mais c'est comme tu voudras, parce que quelquefois la froideur sied bien à une jeune mariée; c'est meilleur ton.
antonine. Oui, maman.
madame de saint-andré. Si par hasard, et comme cela arrive un jour de noce, quelques personnes t'adressaient des plaisanteries qui ne fussent pas convenables, né t'avise pas de rougir et de baisser les yeux; c'est une grande imprudence, parce qu'on a l'air de comprendre ; regarde-les au contraire d'un air étonné; cela déconcerte sur-le-champ les mauvais plaisants, et leur donne la meilleure opinion d'une jeune personne.
antonine. Ah ! maman, c'est toujours ce que je fais.
madame de saint-andré. Cette chère enfant!., du reste, j'ai étudié le caractère de ton mari ; c'est par la douceur qu'il faudra le prendre; tu en feras ce que tu voudras avec les moindres prévenances, c'est bien facile.
antonine. Oh ! oui ; mais vous, maman, quelle manière avez-vous prise avec mon père?
madame de saint-andré, baissant la voix à cause d'Estelle qui est occupée à regarder la corbeille. Mauvaise, les attaques de nerfs.
antonine. Comment?
madame de saint-andré. Moyen très-fatigant qu'on ne peut guère employer que tous les deux jours.
Air : Femmes, voulez-vous éprouver.
Les nerfs n'ont jamais profité Qu'aux gens d'une faiblesse extrême; * J'ai par malheur une santé Peu favorable à ce système ; Mon époux, d'abord affecté, Rien qu'en me voyant se rassure.
ANTONINE
Moi, je n'ai pas votre sauté, Et j'en rends grâce à la nature.
madame de saint-andré. Mais viens, passons au salon.
antonine. Vous ne sauriez croire ce qu'il m'en coûte d'aller recevoir tant de félicitations à la fois, et puis il y a peut-être des personnes qui ne sont pas encore arrivées.
madame de saint-andré. C'est juste, je vais voir auparavant si tout le monde y est, afin que ton entrée fasse plus d'ellet.
LE PLUS BEAU JOUR DE LA VIE
antoinine, bas. Et moi, pendant ce temps, je vais préparer mes cadeaux pour ma sœur et tous nos parents.
madame de saint-andré. A merveille. Tenez-vous droite.
Aïs de Voltaire chez Ninon.
Prends le maintien, la dignité, Que ton nouvel état réclame; Plus de vaine timidité, Car à présent te voilà femme :
J'abjure mes droits aujourd'hui.
ANTONINE
Quoi! sur moi votre pouvoir cesse?
MADAME DE SAINT-ANDRÉ
Tu ne dépends que d'un mari.
ANTONINE
Enfin, me voilà ma maîtresse.
(Madame de Saint-André passe dans l'appartement à gauche.)