SCÈNE VI
Les précédents, MADAME DE VERVELLES, JENNY.
derville, à part, les regardant. Il a raison, ce sont bien eiles... J'ai peine à contenir ma joie.
madame de vervelles. Allons, ma nièce, avançons.
derville. En croirai-je mes yeux? (A madame de Vervelles.) C'est vous que je revois , c'est vous, Madame, dont la présence vient consoler le cœur d'un malheureux exilé !
jenny. Certainement, Monsieur, ce n'e.-t pas moi...
madame de vervei.les. Taisez-vous, ma nièce, et laissez-moi parler. Colonel, nous élionslomde voussoupeonnerences lieux, car nous y venions tout uniment
pour renouvel r le bail de plusieurs de nos fermiers; mais je pense qu'on ne peut jamais trop tôt réparer ses torls, et je viens vous faire mes excuses.
derville, « part. A moi?
jenny. Je ris de son élonnement.
madame de vervelles. Oui, colonel, la sublime action que vous avez faite m'a touchée de tendresse et d'admiration.
derville, à part. Qu'est-ce qu'elle dit donc?
madame de vervelles. Et je ne me pardonnerai jamais d'avoir pu vous accuser dans le moment même où vous nous donniez un si bel exemple de grandeur d'àme et de chasteté.
derville, à pari. Ah çà! il y a quelque quiproquo! (Haut.)ic vous avoue, Madame, que de pareils éloges...
jenny. Eh ! oui , ma lante, vous voyez bien que vous embarrassez Monsieur; vous le faites rougir, et il vaut mieux ne pas lui parler de cette admirable action.
derville, d'un air modeste. Admirable... admirable... au boutdu compte, qu'ai-je fait? [Bas, à Philippe.) car enfui, je ne serais pas taché de savoir...
Philippe. Moi de même... Voilà la curiosité qui me prend.
MADAME DE VERVELLES. Allez, Colonel , nOUS SavOllS
tout : cette petite Louise, ma fermière, était, venue souvent au château; elle n'avait pu vous voir sans prendre pour vous de tendres senliments. derville. Vraiment?
Air du Premier pas.
(A part.) Serait-ce moi?
Ah! grands dieux! quand j'y pense, Si j'avais su.,.
MADAME DE VERVELLES.
Fidèle à votre foi, On vous a vu, modèle de constance, Sans intérêt protéger l'iiinocence.
derville, bas, à Philippe.
Ce n'est pas moi. (bis.) deuxième couplet, madame de vervelles.
De son hymen voulant hâter l'approche, Ue la doter vous vous fîtes la loi, En lui donnant, bienfaiteur sans reproche, Trois mille francs tirés de votre poche. derville, bas, à Philippe, montrant son gousset. Ce n'est pas moi. (bis.)
Philippe. Qu'est-ce que cela vous fait?., laissez-la croire.
MADAME DE VERVELLES. Ail moment OÙ je VOUS ai
surpris, elle vous témoignait sa reconnaissance, et c'est moi qui ai mal interprété c; baiser paternel.
derville. Paternel, c'est le mot... Mais comment avez-vous pu savoir de pareils détails? moi, d'abord, je n'en avais parlé à personne.
jenny, à part. Je le crois bien, et pour cause..
madame de vervelles- Mais c'est Louise elle-même.
derville. Louise?
madame de vervelles. Oui, Monsieur; c'est Louise qui, en présence de ma nièce, nous a raconté toute cette histoire.
derville, à Jenny. Comment ! Madame, il serait vrai ?
jenny, froidement. Oui, Monsieur, il est vrai que Louise nous a dit tout cela.
madame de vervelles. Rien mieux", gràcj à vos mille écus, elle a épousé votre protégé : elle est maintenant madame Bastien, et cette action vous a ren lu tous vos droits.
derville. Il se pourrait! (Embrassant Jenny.) Ah! ma chère Jenny! (Puis à madame de Vervelles.) Ah! ma tante !..
MADAME DE VERVIÏLLKS.
Air : Dans ce castel dame de haut litjnage. Que faites-vous'? quel transport vousanitrp?
LE BAISER AU PORTEUR
DERVILLE
Ne puis-je pas, dans ce jour fortuné, Toutes les deux vous embrasser sans crime? On m'accusait, et tout est pardonné !
Un doux espoir me ranime et m'égaye, Sur l'avenir me voilà rassuré.
(Regardant la tante.) Car, malgré moi, si le passé m'effraye,
(Regardant Jenny.) Par le présent mon cœur est enivré.
Il est donc vrai, ma chère tante! tous les nuages sont dissipés... vous consentez à mon bonheur.
madame de vervelles. Eh ! mais... quant à moi, je n'y vois point d'obstacles... Après une action comme la vôtre, moi qui vous parle, je vous épouserais les yeux fermés.
derville, effrayé. Ah Dieu ! (Se reprenant.) C'est bien aussi ce que je ferais, Madame, si j'en étais là.
madame de vervelles. Oui, mais ce n'est pas de moi, c'est de ma nièce qu'il s'agit; elle n'est pas encore décidée, elle voudrait des preuves encore plus grandes, s'il est possible; et puis le major Valbrun qui lui fait la cour, est aussi fort aimable; enfin, tâchez de la persuader; je vous laisse avec elle; je vais au château, où mon homme d'affaires m'attend pour terminer avec mes fermiers.
derville. Adieu, ma chère tante... Philippe, suivez madame la baronne. (Philippe et madame de Vervelles sortent.)