‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 849 sur 1121 · GOURVILLE, GUSTAVE · texte numérisé non relu

GOURVILLE, GUSTAVE

gustave. Ah! mon oncle, vous voilà ! que je suis content de vous retrouver encore ici.

gourville. Est-ce qu'il y a des nouvell s?

gustave. D'excellentes; et tout va à merveille.

gourville, à part. Ah ! moi] D'eu !

gustave. Madame de Melval se promenait dans la grande allée, à côté d'upe vieille dame de ses parentes, qui dans ce moment, par bonheur, a une migraine affreuse. Pour faire le moins de bruit possible, je lui parlais à demi-voix, et de trèsrprès. Vous ne vous imaginez pas le charme d'un pareil entretien ; il établit une espèce d'intimité et de mystère; c'est presque un tète-à-tète.

gouuyille, à part. Dieu ! est-il mauvais sujet!

gustave. En un tour de promenade, on était fatigué; je me propose pour cavalier, et je pressais légèrement le plus joli bras du monde.

gourville. Comment, Monsieur, vous avez osé?..

gustave. Oh ! ce n'est rien encore. J'ai un peu doublé le pas, nous nous sommes presque trouvés seuls. Alors j'ai mis en usage tout ce que l'amour a de plus tendre et de plus touchant. J'ai été pathétique, éloquent, j'ai pleuré ; enfin, mon oncle, j'ai été content de moi, et je crois qu'on l'a été aussi, car elle était émue; et un autre avanlage de ma position, car vous n'avez pas oublié qu'elle me donnait le bras, le bras gauche:

Air du Fleuve de la vie.

Do m;s clisGuurs avec adresse Observant l'effet séducteur, A chaque mot, avec ivresse,

(Montrant son brasA Je sentais là battre son cœur.

Ce trouble, cette douce extase Voulaient, par un silence heureux, Dire : a Je vous aime... » çt ses yeux Ont achevé la phrase.

gourville. Comment! ses yeux ont daigné dire...

gustave. En propres termes ; mais elle a fait mieux, elle m'a accordé un rendez-vous.

gourville. Un rendez-vous!

gustave. Oui. En quittant ces dames, j'ai dit que j'allais entrer au salon, pour y faire de la musique, et je suis sûr que dans un instant elle y va venir.

gourville. Pour cela, tu me permettras d'en douter. (A part, regardant dans le jardin.) Dieu! je l'aperçois.

gustave, avec joie. Tenez, tenez, mon oncle, la voyez-vous? Ah! que je suis heureux!

gourville. Un in tant; elle se promène tranquillement sur cette terrasse.

gustave. Mais sans doutf, elle ne peut pas venir ici tout de suite. Elle fera négligemment deux tours de

168 L'HÉRITIÈRE

promenade, et avant d'entrer dans son appartement, elle passera, par mègarde, dans le salon, où elle me trouvera par hasard. Voilà toujours comment cela se pratique clans ce que nous appelons un rendez-vous tacite.

gourville, àpart. Je ne l'aurais jamaiscru si savant. {Haut.) Mon ami, puisque tu es sûr d'être aimé, voilà lemoment de lui déelarerquetouteeci n'est qu'unjeu...

gustave, un peu embarrassé. Oui, mon oncle, oui, sans doute : c'est bien là mon intention : d'ailleurs nous en sommes convenus.

gourville. C'est bien. Nous allons nous divertir. (S'asseyant.) Et je vais jouir de ton triomphe.

gustave. Comment! vous comptez rester là?

gourville. Certainement. Sans cela la gageure est manquée, et notre vengeance est nulle. Songe donc que c'est devant moi qu'elle t'a défié!

gustave. C'est pour cela que devant vous elle n'osera s'expliquer, ni me faire un aveu. Votre présence va tout gâter.

gourville. Eh bien! à la bonne heure.

Air : Qu'il est flatteur d'épouser celle.

D'ici je pourrai vous entendre, Nous allons rire à ses dépens.

GUSTAVE

Oui ; mais d'abord il faut attendre, Et feindre les grands sentiments.

{A son oncle qui est déjà dans le cabinet, et qui tient la porte entrouverte.) Soyez patient, je vous prie ; Vous sentez bien qu'il me faudra Jouer d'abord la comédie.

gourville, à part, le regardant.

Je crois qu'il commence déjà.

La voici. {Il referme la porte.)

Page 1