ALICE
Et le gibier qui court en liberté, En attendant, déjà prend un à-compte Sur l'immortalité !
Quel coloris! Quelle vérité! Les beaux arbres! on dirait que le vent les agite encore.
fardowe. Laisse-moi donc tranquille ; ça ne vaut pas le diable. Je n'étais pas en train aujourd'hui ; et puis, je voulais, pour animer le paysage, placer sur le second plan un petit chamois, lorsque j'en vois un qui file à deux pas ; bun! je me dis : voilà mou affaire.
alice. Vous l'avez tué?
fardowe. Eh non ! il court encore ; je pensais toujours à ma perspective, et j'ai visé sur le second plan.
alice. Tandis que le chamois était sur le premier.
fardowe. Comme tu dis; vois-tu, ma fille, il faudra que je renonce à la peinture ; ça me distrait, ça me fait du tort.
alice. Y pensez-vous ?
fardowe. Oui, je suis sur que cette palette, ces pinceaux, tout cela gâte la main.
alick. Allons, il ne manquait plus que cela.
faiidowk. Je finirais par ne plus être que de la se-" coude force.
ai.ici:, mettant le tableau sur le chevalet. Oui, mais
en attendant, il n'y a presque plus rien à faire à ce tableau, et vous allez l'achever; vous l'avez promis à lord Derby.
fardowe. C'est vrai, et ce n'est pas à lui que je voudrais manquer de parole ; un brave seigneur, un joli cavalier, immensément riche; je m'en vante. On disait qu'il était dansce pays; est-ce que tu ne l'as pas vu?
alice. Non... non... mon père... mais puisque nous en sommes sur ce chapitre, expliquez-moi, je vous prie, d'où vient le changement que j'ai cru remarquer dans ses manières. Autrefois, quand j'étais élevée avec lui, au château de son père, il était joyeux, aimable, rempli de prévenances. Depuis, il m'a toujours traitée comme une amie, comme une sœur. Et voilà près d'un mois que je ne le reconnais plus : il ne vient plus, comme autrefois, à votre atelier; ou bien quand il me rencontre, il a un air sombre et soucieux ; il évite de me parler.
fardowe. Vrai! c'est bien à lui ; c'est un honnête homme, il me l'avait promis. (Il quitte son tableau, prend son fusil, et s'approche de la coulisse.)
alice. Eh bien! mon père, que faites-vous donc?
fardowe. Tais-toi donc, tais-toi donc, c'est mon faisan que j'avais cru apercevoir; mais le voilà parti ; sont-ils impatients dans ce pays-ci? ils n'attendent jamais qu'on les mette enjoué.
alice. Eh ! il n'est pas question de cela, mais de Milord. Que Vous avait-il promis? et quelui avez-vousdit?
fardowe. Ecoute, ma fille ; tu es sage, bien élevée, et tu penses comme moi ; il faut que l'honneur passe avant tout; eh bien! lord Derby est depuis longtemps amoureux de toi, et il voulait t'épouser.
alice. Que dites-vous? Ce n'est pas possible.
fardowe. Il me l'a avoué, à moi qui te parle : mais j'étais l'ami de son père, je suis le sien, et je ne lui laisserai jamais faire une pareille folie! Pour lui d'abord, parce qu'avec sa fortune et son rang, il peut aspirer aux premiers partis du royaume. Ensuite pour moi, qui ai eu le bonheur de lui être utile, de lui sauver son héritage; et on dirait que je le lui ai conservé pour me l'approprier; on dirait que je me suis fait payer de mes services. Non, non, ce n'est pas là d'un artiste, ni d'un honnête homme.
alice. Ah! mon père !
fardowe. Pour le faire renoncer à ses prétentions, j'ai eu recours à un stratagème dont je te demande pardon; mais c'était le seul qui fût infaillible ; je lui ai fait entendre que tu avais une inclination, que tu en aimais un autre.
alice. Comment! vous avez pu lui dire?..
fardowe. J'étais sûr, après cela, qu'il était trop galant homme pour insister; et en effet, tu as dù voir depuis ce moment-là.... Eh bien! Alice, eh bien! ma fille, qu'as-tu donc? je crois que tu pleures.
alice. Pardon, mon père, c'est plus fort que moi.
fardowe. Je te comprends, mon enfant. Ce que j'avais cru deviner est donc vrai. Alice, ton cœur doit nf accuser; mais avec le temps, avec la réflexion, tu me rendras plus de justice. Tu ne seras pas la femme d'un lord, mais tu seras la fille d'un artiste, d'un honnête homme. Nous n'aurons rien, c'est probable ; mais nous serons fiers de notre pauvreté : cela vaut mieux que de rougir de sa fortune. Allons, Alice ; allons, mon enfant ; sois bonne fille, sèche tes pleurs, et embrasse ton père.
alice, pleurant. Oui, vous avez raison... (A part.) mais en attendant} ca lait bien mal.
fardowe. Allons, allons, ne pensons plus à tout cela,
LE CHATEAU DE LA POULARDE
of occupons nous ds notre déjeuner. C'est là, je crois, ia cabane d'un garde-chasse, et ces gaillards-là, d'ordinaire, né se laissent pas manquer de provisions. Holà, quelqu'un.