SCÈNE fila ALICE, FARDOWE, JULIEN
julien Qu'y a-t-il? qu'est-ce qui vous amène?
fardowe . Un excellent appétit ! un appétit d'artiste, et une soif de chasseur; deux choses vivaces et tenace-; car chez moi, ça dure toujours.
julien. Dame ! vous ne trouverez guère ici à qui parler; je n'ai que du lait et dos fruits.
fardowe. C'est égal , faute de mieux , donne-nousle toujours. Tiens, voilà pour ta peine.
julien. Comment! une pièce d'or! j'ai vu quelque5 fois des seigneurs, de riches cavaliers, la cravache à la main, qui ne donnaient qu'un schelling, et vous, qui ti n z un pinceau ! c'est drôle !
fardowe. Oui, mon garçon ; il y a des lords qui p iient en artiste, moi je suis un artiste qui paie en milord.
Julien. Voilà qui est différent : et à tout seigneur, tout honneur... (.4 voixbasse.) Vous sentez bien que, quand on est garde-chasse dans une forêt remplie de gibier, il faudrait être bien maladroit pour ne pas avoir au moins quelque bonne pièce de venaison.
Air : Tenez, moi je suis un bon homme, y vais servir à Vo't Seigneurie Un superbe lièvre que j'ai; Jamais en meilleur' compagnie Il ne pourrait être mange :
Les maîtres de ce beau domaine N'en rencontrent pas, d' si fameux; Ils fdnfTnt eucor, que j' somtn's en plaine, Et j' les choisissons avant eux.
Je l'ai tué avant-hier, à cent vingt pas.
fardowe. Diable ! c'est un confrère; c'est dans mon genre... (Fouillant encore dans sa poche.) Tiens, mon garçon.
alice. Mais, mon père.
fardowe. C'est un excellent tireur : il faut encourager les talenls. (Julien, saluant, rentre dans sa cabane.)
alice. Ah çà! mon père, y pensez-vous? c'est bien d'être généreux ; mais pour un pareil déjeuner, deux pièces d'or, deux guinées!
Fardowe. Que veux-tu? elles étaient là; pourquoi aussi ce malin les as-tu mises dans ma poche?
julien, sortant de sa cabane. Quand Milord Voudra se mettre à table.
fardowe, s'asseijant, ainsi que sa fille. Allons, mon garçon, et toi aussi, sans façon, nous ne sommes pas fiers*
julien. Oh! non, Monsieur, je n'oserais pas; et puis d'ailleurs, dans ce moment, je n'ai point d'appétit. alice. Et pourquoi donc ?
julien. D'abord, parce que j'ai déjeune, et puis, que j'ai du chagrin.
alice. Ce pauvre garçon! contez-nous donc cela.
julien. Voilà le château de Dinvarach qui vient < d'être mis en vente; qui est-ce qui l'achètera? je n'en sais rien. Le nouveau propriétaire va peut-être nl'ôter ma place de garde-chasse, et alors, comment que j'épouserai Marie?
fardowe. Tu es doiic amoureux?
julien. Dame ! dans mon état, je n'ai que cela à fa're, et à tuer du gibier. Voilà deux ans que je suis amoureux de Marie Weller, la fille d'un marchand de bestiaux ; mais mon oncle Jasper ne veut pas consentir à ce mariage.
Fardowe. Et pourquoi ?
julien. D'abord, parce que je n'ai rien.
fardowe. N'est-ce que cela? {Fouillant, dans sa poche.) Tiens, mon garçon... Ah! diable! cette foisci il n'y a plus rieii.
JULiENi C'est égal, Monsieur, ce sera pour une autre fois, vous me devrez ea.
fardowe, Oui, certes, jë te promets une dot sur le produit de mon premier tableau, et nous verrons si ton oncle Jasper... Je lui ferai entendre raison...
julien. Oh ! vous aurez de la peine, parce qu'il est si fier et si hautain, surtout depuis sa dernière dignité; il vient d'être nommé, à Edimbourg, capitaine de la garde urbaine.
fardowe. De la garde urbaine? Amène-le-moi, mon garçon; je me charge de toh affaire. Justement j'ai des renseignements à lui demander sur un monsieur qui, si j'en crois son uniforme, doit être de sa compagnie; c'est une aventure étonnante qui m'est arrivée hier au salon des tableaux.
alice. Quoi donc? quelle aventure?
fardowe. Je te raconterai cela plus tard ; un brave homme que je n'avais jamais vu, à qui j'ai donné un soufflet sans le vouloir, et par distraction.
alice. Qu'est-ce que votts me dites là?
fardowe. Oui, je discutais avec un confrère sur le mérite d'un tableau, que je lui montrais en élevant la main, lorsque la foule qui était derrière nous me pousse le Coude, et mes cinq doigts ont été tombersur la joue d'un voisin , observateur impartial. Il a pris cela pour un souffet; certainement ce n'en était pas un; je m'en rapporte à ceux qui s'y connaissent. Mais impossible de s'entendre; la foule nous a séparés; et je t'avoue que je serais enchanté de le retrouver pour m'expliquer avec lui, et lui faire mes excuses.
alice. Ah ! mon Dieu ! et s'il ne veut pas les recevoir?
fardowe. Tant pis pour lui ; je ne lui conseille pas de se fâcher; parce qu'au fusil comme au pistolet, je suis sûr de mon coup. Tu peux être tranquille, tu me connais.
alice, à part. C'est pour cela que je tremble. fardowe, à Julien. Va chercher ton oncle; ne lui dis rien, je me charge de tout.
julien.
Air : Je regardais MadeHnette.
Dans cet endroit daignez m'attendre; Pour aller plus vit' le chercher, J' connais un ch'min que je vais prendre, En glissant d' rocher en rocher.
C'est la méthode la plus sûre, Dans c' pays, pour ne pis broncher; Et sans mes deux mains, je vous jure Que je n'y pourrais pas marcher.
Dans cet endroit, etc., etc., etc.
(// sort par la gauche )