‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 865 sur 1121 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ALICE, FARDOWE; LORD DERBY, entrant parla droite.

fardowe. C'est vous, Milord ;je ne m'attendais pas au plaisir de vous voir. Qui diable vous amène sur ces muiitagnes, au milieu des forêts?

LE CHATEAU DE LA POULARDE

4Licb, k retournant. Ah mon Dieu! lord Derliy!... — Scèie ( .

lord derdy. Je venais les visiter en amateur; elles dépendent du château de Dinvarach, dont je voulais faire l'acquisition.

eardowe. Une bonne idée que vous avez là ; il n'y a pas de plus belle propriété à cinquante ilieues àlaronde.

lord derby. Oui, mais, par malheur, il n'y a pas moyen de l'acheter.

Alice, à part. Que veut-il dire?

eardowe. Vous êtes arrivé trop tard?

lord derby. Non ; le château n'est plus à vendre; il est à gagner; atind'en avoir un meilleur parti, on l'a mis en loterie.

eakdowe. C'est la mode, maintenant; ils n'en font pas d'autres. Ainsidonc, c'est le hasard qui va décider.

lord derby. Non ; c'est l'adresse. Sir Robert, le propriétaire, est un grand chasseur, et qui, tout en vendant son château, espère le regagner; c'est pour cela qu'il a décidé qu'il appartiendrait au tireur le plus

habile.

eardowe, vivement. A merveille! sir Robert a eu là une idée sublime.

lord derby. Aujourd'nui même, et sur celte plateforme, qui est l'endroit du pays le p'us élevé, on doit dresser un mât de cinquante pieds de haut. (Montrant la coulisse à gauche.) Eh ! tenez, je crois déjà même qu'on y travaille.

eardowe. C'est ma foi vrai.

lord dehby. A l'extrémité du mal, on doit attacher la plus belle volaille de la basse-cour de Milord : le choix est tombé sur une poularde magnifique, et celui qui sera assez heureux pour l'abattre...

eardowe, se frottant les mains. Gagnera le château. C'est charmant ; c'est une espèce de tournoi...

ai.ice, riant. En effet, ça aurait queique chose de chevaleresque, si ce n'était la poularde.

lord derby. 0 u î , pt€?j je vous le conseille. Moi qui voulais me rendre adjudicataire, et qui suis maladroit, je n'en approcherai jamais; cependant j'ai pris quatre bidets.

eardowe. Dites-moi donc, Milord, est-ce que le prix en est bien cher?

alice, à part. Voilà mon père qui tombe dans le piege.

LE CHATEAU DE LA POULARDE

— Mo. .

yXKBJç""'!'''

fardowe. Fais-moi le plaisir do l'en aller. — Sc^ne 1 ï.

lord derby. Mais oui; six mille francs le billet, et encore on n'en trouverait plus, tout a été prisen un instant.

alice. Ah ! mon Dieu ! c'est exorbitant !

fardowe. Qu'est-ce que tu dis donc? six mille francs un château comme celui-là! c'est pour rien! c'est donné! pour quelqu'un, surtout, qui est à peu près sûr. Dieux ! si j'avais...

lord derby. E*t-ce que vous n'avez pas d'argent?

fardowe, fouillant dans sa poche. Peut-être bien.

Air de VÉcu de six francs.

Aux espèces je ne tiens guères; J'ai toujours regardé l'argent Comme un de ces amis vulgaires Qui vous font visite en courant, Et qui ne restent qu'un instant; Chez moi, l'on dirait qu'il s'ennuie, Et j'en sais le motif secret :

C'est que jamais dans mon gousset Il ne se trouve eu compagnie.

lord derby. Moi, je n'ai pas grand espoir ; et si vous voulez choisir parmi me-; billets, je serai trop heureux de vous faire un cadeau.

fardowe. Et moi, morbleu! je n'en veux pas. Nous ne recevons rien, n'est-ce pas, ma fille? mais nous pouvons faire ensemble un autre marché, une affaire de commerce. Voici un tableau que je vous ai promis; prenez, regardez et estimez-le.

lord derby. Douze mille francs, s'il ne vaut le double.

fardowe. Ce n'est pas vrai ; vous abusez de ma position.

lord derby. Je vous soutiens qu'il les vaut.

fardowf,. Il ne les vaut pas; et je m'y connais mieux que vous, j'espère, un amiteur. (A part, à sa fille.) Un ignorant, qui veut se mêler de parler. (A lord Derby.j Ecoutez, Milord, je vous en ferai encore un pareil, et vous me céderez deux billets; voyez si cela vous convient.

lord derby. C'est conclu. Venez avec moi au château, tous les prétendants y sont rassemblés! et je vous donnerai là vos deux numéros.

alice, à part, à lord Derby. Ah! Milord, je vous devine; quelle reconnaissance!

lord derby. Partons Venez-vous, Fardowe?

LAGNY. — Imprimerie de VlilAT et Cie. — K" 4 —

178 LE CHATEAU DE LA POULARDE

fardowe. Je vous suis, Milord ; je prends mon fusil. (A part, en s'en allant.) Dieux ! quand j'y pense, d'ici, avec mon fusil, pif, paf, je la vois dégringoler... Milord, je suis à vos ordres. (// sort avec Alice et lord Derby.)

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