‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 870 sur 1121 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LORD DERBY , FARDOWE ; Choeur de Prétendants

portant le fusil sur l'épaule ; Paysans avec des tambours et des musettes , Piqueurs avec des cors de chasse. — Un Paysan marche en tête avec une bannière déployée , Paysans et Paysannes, et parmi ces dernières ALICE, qui est spectatrice.

(Chœur et marche du cortège, qui défile sur le devant du théâtre, au bruit du tambour, sur l'air de la Servante justifiée. Pendant cette marche, on a placé près de la coulisse, à droite, une espèce de balustrade à hauteur d'appui, qui est censée en face du grand mât, qu'on ne voit pas. — Les musiciens, la bannière, les prétendants , se mettent à gauche du théâtre, et les paysans garnissent le fond ; plusieurs gravissent sur les rochers et sur les arbres, afin de mieux voir.)

lordderby, bas, àun paysan. Tout estbien convenu.

le paysan, de même. Oui, Milord, je serai au pied

du grand mât, où je tiendrai la corde Dès qu'on

élèvera la bannière, ça sera signe que M. Fardowe va tirer, et alors...

lord derby. C'est cela même, cours à ton poste.

le paysan. Ah çà! vous m'assurez au moins que je ne risque rien ; c'est que celui qui va gagner le prix est si maladroit il ne faut qu'une balle égarée

lord derby. Sois donc tranquille; je te réponds de tout.

fardowe, regardait dans la coulisse. Dites donc, Milord, c'est joliment loin, il y a plus de deux cents pas, et à peine si l'on aperçoit l'héroïne de la fête Attendez, elle a remué la tète, c'est bon, je sais à peu près où elle est; voilà tout ce qu'il me faut.

lord derby. Attention, on va commencer par ordre

de numéros (Fouillant dans sa poche, à part.) Je

crois que je me suis donné les numéros 1 et 2. (Haut.) El vous, Fardowe?

fardowe, occupé à arranger son fusil, et lui passant sa carie. Je n'en sais rien; voyez vous-même, je crois que c'est le 4.

i.ord derby. Et l'autre?

fardowe. Je ne l'ai plus; je l'ai donné à un pauvre diable, à qui j'avais promis une dot; et tenez, le voici, son fusil sur l'épaule. (En ce moment, Julien sort de sa cabane.)

lord derby. Eh mais ! c'est un garde-chasse... Ah! mon Dieu! le petit Julien, le plus habile tireur du pays! C'est décidé, (Montrant Fardowe.) je ne pourrai jamais rien faire pour cet homme-là ; il a toujours le talent de tout renverser.

fardowf. Qu'est-ce que vous avez donc?

lord derby. Rien, morbleu!.. (A part.) Mais ce gaillard-là, qui n'est pas prévenu, est capable de ne pas la manquer.

fardowe, à Julien. Tu as toujours ton billet?

julien. Oui, Monsieur, le numéro 3.

lord derby, à part. Juste, avant lui.

fardowe. Est-ce que tu n'as trouvé personne qui voulut le prendre?

julien. Si, Monsieur; mais je me le suis pris moimême, parce que j'ai bonne idée de mon fusil, qui ne manque jamais son coup sur des perdrix; ainsi, je me suis dit : sur une poularde...

fardowe. Comme tu voudras, mon garçon, tu es le maître; et puis je serai près de toi, et je te donnerai des conseils pour ajuster.

lord derby, à part. Parbleu ! il n'yaque ce moyenlà. Faisons un échange. (Prenant un des billets dans sa poche, et le tendant à Fardowe.) Venez vite ; car le maître des cérémonies va appeler les numéros. (Roulement de tambour.)

le maître des cérémonies, tenant une feuille de papier. Le numéro un.

lord derby. C'est moi, Monsieur.

le maître des cérémonies. Présentez votre billet. (Lord Derbij donne son billet.)

le maître des cérémonies, après l'avoir examiné. C'est bien. (Aun garde quisetrouve auprès de lui.) Remettez le fusil à Milord. Attention ,Messieurs, voilàle premier coup. (Lord Derby se place près de labalustrade , et ajuste.)

julien, au maître des cérémonies. Dites donc, Monsieur, il me semble qu'il se met trop près, le fusil ne doit pas dépasser la balustrade.

fardowe .Taisez-vous donc. . .(Regardant lord Derby . ) Plus bas, Milord, plus bas, vous visez trop haut; ce n'est pas comme cela.

julien. On ne doit pas donner de conseils, c'est défendu; chacun pour soi. (A part.) Dieux ! que j'ai peur qu'il ne la touche! (Lord Derby tire le coup de fusil.) Vivat! il n'y a rien, je l'ai vue remuer, et elle est encore en place. Quel bonheur! (Regardant son billet.) 11 n'y a plus qu'un numéro avant moi.

le maître des cérémonies. Le numéro deux. (Grand silence.) Eh bien ! Messieurs, qui est-ce qui a le numéro deux? personne ne répond?...

julien. Alors, s'il n'y est pas, c'est au numéro trois. C'est moi.

lord derby. Du tout; ça n'est pas juste. julien. Si, Milord, voilà comme ça se fait ordinairement.

lord derby. Ça n'est pas possible. Voyons, Messieurs, qui est-ce qui a le deux?

alice. Ce n'est pas vous, mon père?

fardowe, tirant son billet. Eh! non, puisque j'ai le quatre. (Le regardant.) Pardon, pardon, Messieurs, le voilà; c'est bien étonnant; j'aurais juré que j'avais le quatre... tellement que, tout à l'heure encore, je le disais à Milord.

le maître des cérémonies. Présentez votre billet. (L'examinant.) C'est bien.

fardowe, se plaçant près de la balustrade. Ah çà ! mon cher ami, prenons garde; il ne s'agit pas ici de passer à côté. (Prenant le fusil.) Dieux! quel moment! il y va d'une propriété seigneuriale, et bien plus encore, de ma réputation ! l'Angleterre et l'Ecosse ont les yeux sur moi. (Il ajuste.)

julien. C'est bien, à la manière dont il vise, il en ira à deux cents toises, je ne risque rien de préparer mon fusil. (Fardowe lâche la détente, le coup part, on élève la bannière, des acclamations se font entendre, les tambours, les cors partent à la fois.)

CHŒUR

Air de la Servante justifiée.

Bravo ! bravo! la poularde est à bas!

Avec fracas Célébrons sa victoire.

Honneur et gloire A cet adroit chasseur, Qui du ebateau devient le possesseur!

(Pendant ce chœur, Fardowe, frappé de joie et de surprise, a laissé tomber son fusil, et a manqué de se trouver mal. Lord Derby, Alice, et tous ses amis le soutiennent, l'entourent et le félicitent.)

fardowe. En ètes-vous bien sûr?

lord derby. Oui, sans doute, oui, mon ami; voici monsieur le maître des cérémonies qui en dresse un procès-verbal. C'est un coup admirable!

fardowe. Eh bien! je l'avais senti; car en lâchant la détente, je me disais : le coup est bon.

julien. Mort et damnation! je n'ai seulement pas tiré, et mes six mille francs sont perdus!

fardowe. Mes bons amis, Milord, ma fille, oui, je suis le plus heureux des hommes... (On entend sonner trois heures.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce que c'est que cela?

lord derby. Trois heures qui sonnent à l'horloge de votre château.

fardowe. Trois heures! ce que c'est que la vie; je vous demande si on a le temps d'être heureux ; et mon adversaire qui va arriver? (Bas, à Derby.) Milord, j'ai un service important à vous demander: c'est d'emmener à l'instant ma fille, et tout ce monde-là.

lord derby. Vous ne venez pas avec nous au château, où tout est préparé pour votre installation?

fardowe. Oui, certes; dans une demi-heure, j'irai vous rejoindre, je l'espère bien; mais dans ce moment, j'ai besoin d'être seul ; je vous en conjure, au nom de notre amitié!

lord derby. Cela suffit; et dès que vous le désirez... (A part.) Encore quelque bizarrerie ! Il sera original toute sa vie. (Haut.) Messieurs, nous allons nous rendre au château de Dinvarach, où le seigneur va bientôt nous rejoindre.

CHŒUR

(Reprise de l'air.) Bravo ! bravo ! la poularde est à bas I Avec fracas Célébrons sa victoire.

Honneur et gloire A cet adroit chasseur, Qui du château devient le possesseur!

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