NANETTE
Air : Ce boudoir est mon Parnasse»
Faut qu' tu sois ben bon apôtre
Pour les croire généreux;
Ont-ils d' l'argent pour un autre
Quand ils n'en ont pas pour eux?
Hélas ! de tout ils s'abstiennent,
Et depuis qu'ils sont au logis,
Sans quelques baisers qu'ils m' prennent,
Ils n'auraient encor rien pris.
pacolet. Dame ! ça s' pourrait bien.
Même air.
Oui, je commence à le croire, Ils s' moqu' de moi tous les deux; Quand il faut m' donner pour boire, Ils n'ont pas d' mounai' sur eux.
Ce qu'ils m' promettent m'échappe; Leur argent m'est inconnu, Et sans quelqu' soufflets qu' j'attrape, J' u'aurais encor rien reçu.
nanette. Ah! mon Dieu! j'entends une voiture; c'est celle du monsieur au louis d'or.
FARINELLI
pacoi.et. Une voilure, ça ne se refuse rien. Et son déjeuner qui n'est pas au feu ; c'est loi qui m1 fais oublier... Restez là, Ma lernoiselle. (Il entre dans la chambre du numéro 2, le pommier à lamain.)
nanette, regardant vers le fond. Tiens, comme il rit tout seul!
Les précédents, FARINELLI.
farinelli, un journal à la main. Ah! ah 1 ah! l'aventure est impayable!
Ain: L'amour qu'Edmond a su me taire.
Ce matin cneor dans ma glace J'étais de moi-même, enchanté ; J'admirais mon air et ma grâce, Surtout ma parfaite santé :
J'aurais bien juré d'après elle Vivre pendaut un siècle entier, Quand j'apprends ici la nouvelle Que je suis mort le mois dernier.
C'est bien écrit. [Il lit.) « Le jeune Farinelli, pre- « mier musicien et premier page du grand-duc, vient « de mourir à Florence. Q uoiqu'il fut dans l'âge le « plus tendre, on citait déjà par toute l'Europe ses « talents et son amabilité. » Ces messieurs sont trop bons. « Le prince, dont il était le favori, en paraît « très-vivement affecté. » Il me semble pouriant que j'ai obtenu un congé de Son Altesse, et que je viens à Paris pour mon plaisir... Cependant, puisque le journal le dit, on sait que les journaux n'impriment jamais rien de faux. Allons nous mettre en deuil
Aiu : Adieu, je vous fuis, bois charmant
Je vais me pleurer de ce pas, Et je veux que ma douleur brille; En pareil cas, il ne faut pas Beaucoup compter sur sa famille :
Cliacun à paraître navré Met une négligence extrême; Pour être aujourd'hui bien pleuré, Il faut qu'on se pleure soi-même.
Ah! te voilà, Nanette?
nanette. Oui, Monsieur.
FARINELLI
Ain du Laboureur chinois [do Mozart).
Qu'elle est douce et gentille! Chaque jour l'embellit; Et son œil noir pétille De malice et d'esprit.
(A part.) Allons, séchons nos larmes, Oui, le journal a tort, ; Je sens près de ses charmes Que je ne suis pas mort.
(A Pacolct, qui rentre.)
Eh bien! Pacolct, mon déjeuner? [A part.) Car il ne faut pas (pie la douleur me fasse perdre l'appétit.
PACOLET. Vos pommes sont au feu; mais vous avez là une drôle d'idée de ne manger que ça à votre déjeuner.
farinelli. Est-ce que tu ne remarques pas que j'en ai la voix [ilus fraîche? (Il fait une roulade.) NANETTE. Ah! comme ça va en haut et en bas. PACOLET. Oui, c'est du bi au ! une belle pratique !
farinelli. Nanelte, je rentre; s'il vient des lettres pour moi, lu me les apposeras,
pacolet. C'est moi, Monsieur, qui vous les monterai.
farinelli. Non, je veux que ce soit elle. pacolet. Moi, je ne le veux pas.
nanette. Allons, taMoi donc, puisqu'il veut que ce soit moi,