‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 884 sur 1121 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

L'AFFUT, seul. J'ai beau chercher, je ne vois pas une seule pièce de circonstance à l'aire. Pas de pièce nouvelle, personne de mort; il y a de quoi se tuer.

Air : Tenez, moi je suis un bon homme.

Quel siècle et comment peut-on vivre Quand tout est tranquille Ici-bas?

Pas un savant n'a fait un livre, Pas une actrice de faux pas.

On ne voit que de bonnes âmes, Plus de procès, et nos maris Se laissent enlever leurs femmes Sans en instruire tout Paris.

Enfin, pas une parodie à faire; à la vérité, à quel théâtre la donner? J'ai eu un accident à l'Opcra-Comique, un inconvénient aux petits théâtres, et un désagrément à la Comédie Française, une dispute que j'ai eue avec le caissier. Je lui porte une pièce. — Qui ètes-vous? — M. l'Affût, auteur distingué. — Donnez-vous la peine d'entrer. — Monsieur, c'est un petit ouvrage que je vous apporte. — Ce gros manuscrit? — Oui, Monsieur. Alors il tourne le premier feuillet. — Personnages : Chasseurs, paysans, bêtes féroces. Le théâtre représente une forêt, avec un arbre au milieu. La première scène s'ouvrait par des brigands et des voleurs, selon l'usage. Alors ce coquin de caissier me dit : Monsieur, des brigands et des voleurs, ça ne peut pas me convenir; portez ça aux théâtres des boulevards. — Monsieur, j'en viens, on n'en veut pas. — Comment, Monsieur, vous osez?.. Vous ne savez donc pas qu'il y a loin des Français aux boulevards. — C'était une malhonnêteté de me dire ça à moi qui en venais, et qui avais fait la course à pied; il aurait mieux fait de më dire : Prenez un siège; mais ces gens-là n'ont aucun égard pour le mérite, et le véritable homme de lettres doit se renfermer en lui-même; aussi je suis rentré chez moi.

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