L'AFFUT, L'ÉCLAIR
l'éclair, la gazette à la main. Ah ! mon ami, quelle découverte! nous sommes sauvés! Tu as entend u parler de Farinelli, ce jeune favori du grand-duc?
l'affût. Sans doute, on vantait par toute l'Europe et ses talents et la bonté de son caractère.
l'éclair, joyeusement. Eh bien! mon ami, il est mort !
l'affût. Ah ! que c'est heureux! Es-tu bien sûr de cette bonne nouvelle?
l'éclair. Parbleu ! c'est imprimé : je l'ai lu dans la Gazette. Voilà notre pièce de circonstance. On cite de lui des traits charmants. (U lit le journal.)
« Le prince était tombé dans une noire mélancolie; « il n'assistait plus au conseil et négligeait même sa « personne, au point de laisser croître sa barbe. La « princesse avait placé le jeune Farinelli à la porte de « l'appartement; elle lui ordonna de chanter un de « ses plus beaux airs. A peine avait-il fini, que le « prince, éperdu, transporté de plaisir, court à lui, « l'embrasse, et jure de lui accorder tout ce qu'il dc- « mandera. Eh bien! répond Farinelli, je demande « que Votre Altesse s'habille et aille au conseil. C'est « de cette époque qu'a commencé la faveur dont il « n'a cessé de jouir. »
l'affût. On pourra profiter de cela; c'est fort bien.
l'éclair. Et cet autre. (Il lit.) « Dans un opéra « qu'on donnait à la cour, où le jeune prince jouait « un rôle, Farinelli chantait près de son ami qui vert nait d'expirer, et ses accents étaient si tendres et si « pathétiques, que le prince, qui devait faire le mort, « oubliant tout à coup son rôle, se releva en sanglo- « tant pour le consoler. »
l'affût. Voilà notre dénoùment!
Air : Vers le temple de l'Hymen.
Accablé par le remords, Le prince à la fin succombe; Son ami vient sur sa tombe Chanter l'office des morts.
Il prend sa lyre chérie; 0 pouvoir de l'harmonie!
Le mort revient à la vie Sur un grand air d'opéra.
Mon ami, quelle merveille!
Un opéra qui réveilli', Tout Paris voudra voir ça,
l'éclair. Oui, il faut se dépêcher,
l'affût. Trop fougueux, ces jeunes gens-là. Ce n'est pas la peine, la pièce est déjà faite.
l'éclair. On nous aurait prévenus? Voilà ce que c'est ; ce journal-ci n'annonce jamais les morts que le lendemain.
l'affût. C'est vrai! il devrait les annoncer la veille. Mais ce n'est pas ce que je veux dire. N'avons-nous pas la parodie du dernier opéra? La pièce peut servir, enchangeantlenometîafin de quelques couplets.
l'éclair. C'est juste. Je n'y pensais pas. Ah çà! mais pour parlé* d'un musicien, tu ne sais pas une note de musique, ni moi non plus.
l'affût. Qu'importe! nous avons fait une pièce dernièrement sur un arrêt de la Sorbonne; est-ce que nous savions une phrase de latin? Comme si les auteurs étaient obligés de connaître les choses dont ils parlent. Tu verras bientôt que, pour compo-cr une
FARINLiLLI.
pièce, il faudra avoir fait toutes ses études. Sois donc tranquille, j'ai là toutes mes scènes.
Air : Si Pauline est dans l'indigence.
Nous y mettrons mainte épithète, Nous parlerons dièze et bémol!
Nous parlerons de la fauvette, Nous parlerons du rossignol; Nous dirons qu'il eut pour sa lyre L'écho de la postérité...
l'éclair.
On ne saura ce qu'il veut dire.
l'affût.
On claquera de tout côté.
l'éclair. Tu as raison. Mais encore faudrait-il connaître un peu la vie de Farinelli.
l'affût. C'est vrai. Diable!..