SCÈNE IV
Les précédents, MICHELINE.
Micheline. Mon père! mon père!
jean. Eh bien! qu'est-ce donc?
micheline. Tenez, cette jeune dame, n'entendezvous pas?
Les précédents, POLESKA, plusieurs Domestiques et Ouvriers.
poleska. Les maladroits ! un chemin superbe, et ils prennent à gauche exprès pour me verser. micheline. Mais, Madame...
poleska. Taisez-vous. Et pour comble de malheur, ceux-ci qui, en voulant relever la voilure, cassent le timon, de sorte que me voici obligée de m'arrôter dans cette misérable cabaïnc.. Dieux! qu'il fautde patience! ,si on ne se modérait pas...
micheline. Je ferai observer à Madame que ce n'est pas la faute de nos gens; ils ont mis tant de zèle, que ce pauvre Ivan s'en est foulé le pied.
poleska. 0 ciel ! que dites-vous ! ce pauvre jeune s homme... courons vite.
micheline. Dans ces mauvais chemins, avec ces petits souliers?
poleska. Oui, tu as raison... tenez, portez-lui cette bourse. Mon Dieu! quel malheur! un honnête ouvrier... peut-être même un pèfo de famille... j'aurai soin de lui, de ses enfants; mais en attendant qu'on envoie chercher un médecin... Eh bien! vous n'êtes pas encore partis !
koulikof, faisant signe aux domestiques et aux ouvriers qui sortent. Si, Madame, on y va; mais je vous demanderai...
poleska. Qui vous a permis de m'adresser la parole?
jean. C'est monsieur l'intendant, et il faut qu'il sache . i
poleska. Il faut qu'il sache se taire... et vous aussi. koulikof. Par exemple ! c'est d'une insolence. poleska, à Micheline. Dis-moi, petite, où sommesnous ?
jean. Dans les domaines du comte de Woronski, et à une lieue du château.
poleska. Je suis chez mon mari ! chez moi !
koulikof. Qu'entends-je ! madame la comtesse!
jean. Une comtesse dans ma cabane!
koulikof. On nous avait bien dit dit que Monseigneur devait se marier, et nous l'attendions d'un instant à l'autre.
poleska. Est-ce qu'il n'est pas arrivé?
koulikof. Je l'ignore, madame la comtesse, car depuis deux jours, je n'ai pas eu l'honneur d'être invité au château.
poleska. Ce pauvre Gustave, qui était parti le premier pour tout disposer et pour me recevoir... je suis sûre qu'il est d'une inquiétude, d'une impatience égale à la mienne. Aussi c'est votre faute.
koulikof. A moi, madame la comtesse?
poleska. N'ètes-vous pas l'intendant, le régisseur de* ce domaine?
koulikof. Depuis trente ans.
toleska. Comment ces chemins ne sont-ils pas en meilleur état? ne deviez-vous pas y veiller? est-ce que vous ne deviez pas penser que j'avais hâte de revoir mon mari? Vous ne devinez donc rien? vous n'êtes donc capable de rien? vous méritez d'être chassé.
Air-: Adieu, je vous fuis, bois charmants.
Je donne La preuve, par là, D'une prudence peu commune; Mou mari m'accusait déjà De prodiguer trop sa fortune.
Mais je répare en ce moment Mes dépenses et mes folies :
Car supprimer un intendant, C'est faire des économies.
koulikof, à part. Supprimer un intendant!
jean, à part. Cette femme-là ne respecte rien. (haut.) Si, en attendant qu'on répare la voiture, Madame voulait déjeuner?
LA LUNE DE MIEL
poleska. Eh ! oui, vraiment, pour ne pas perdre de temps, rien qu'une tasse de thé et des muffins.
MICHELINE. DU thé!
jeais. Des muffins!
poleska. Oui, des muffins, des tosts, des rôties au beurre, je ne prends pas autre chose.
jean. C'est qu'ici, Madame, ça ne se peut pas.
poleska. Comment! ça ne se peut pas... qu'on en cherche... qu'on en trouve... et rappelez-vous que je l'ordonne ; cela doit vous suffire.
jean. Je ne savons pas ce que c'est.
hicheline. Il n'y en a jamais eu dans le pays.
poleska. C'est égal.
jean. Mais, Madame...
poleska. Je crois qu'il ose répliquer.
Air de Céline.
Sachez que mou ordre suprême Jusqu'à présent fut respecté ; Et jamais mon époux lui-même Ne contredit ma volonté.
C'est là le partage des dames; Car le ciel, que l'on doit bénir, Pour commander créa les femmes, Et les hommes pour obéir.
micheline. Ça, c'est assez vrai.
koulikof, qui s'est tenu à l'écart, s'avançant respectueusement. Si madame la comtesse veut me permettre... je crois que j'ai chez moi du thé.
poleska, se retournant du côté de Jean. Vous voyez donc bien.
koulikof. De plus, et pour continuer votre voyage, j'ai une petite voiture, un kibick, qui dans une demiheure peut vous conduire près de votre auguste époux.
poleska. Près de Gustave,' et c'est grâce à toi. Pardon, tout à l'heure j'ai peut-ètreété un peu vive; mais...
koulikof. Madame la comtesse daignerait me rendre ma place?
poleska. Celle-là ou une autre, j'examinerai, je verrai ce qu'on peut faire d'un intendant réformé.
Am du vaudeville des Blouses.
Dépêchez-vous... mon Dieu! quelle indolence! Ce déjeuner et surtout ce traîneau.
Mais allez donc ! je meurs d'impatience De me trouver enliu dans mon château.
koulikof, à part.
Dieux! quelle femme! elle parle en sultane
, POLESKA.
Au nom du ciel! j'ai hâte de partir... On est si mal dans sa triste cabane !
jean, à part.
Si ça pouvait l'empêcher d'y r'venir.
ensemble.
poleska, jean et micheline, koulikof.
TOLESKA.
Dépèchez-vous... mon Dieu ! quelle indolence! etc.