LA PREMIÈRE ENTREVUE
COMÉDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE
Représentée, pour la première fols, a Paris, sur le théâtre du Gymnase liramatlfiue, le 18 janvier IS3G.
EN SOCIETE AVEC M. MÉLESVILLE
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M. DUMESNIL
MADAME DUMESNIL
CAMILLE, leur fille.
ALPHONSE DE LUCEVAL, prétendu de Camille. DUCOUDRA1, ami de M. Dumesnil.
BAPTISTE, domestique de M. Dumesnil.
La scène se passe en province, dans la mais m de M. Dumesnil.
Le théâtre représente un salon de campagne : porte au fond, deux latérales sur le premier plan; sur le dernier plan, deux autres portes latérales, dont l'une est celle de la salle à manger, et l'autre celle d'un appartemjnt. \ gauche du spectateur, une table et tout ce qu'il faut pour écrire; du même côté, une harpe et des livres de musique; à droite, une table sur laquelle se trouvent du canevas, de la broderie et autres ouvrages de femmes.
M. ET MADAME DUMESNIL ; le mari est en robe de chambre, et la femme en habit du matin.
m. dumesnil. Oui, ma chère amie, ce n'est qu'à dix heures qu'il doit venir; ainsi ne vous pressez pas.
madame dumesnil. Comment! ne pis me presser! une affaire de cette importance! à peina ai-je eu le temps de tout ordonner dans la maison.
m. dumesnil. M i femme, ma femme, vous allez faire trop de préparatifs, et, aux yeux de M. de Luceval, ça aura un air de cérémonie.
madame dumesnil. Du tout, Monsieur, vous pouvez
LA DEMOISF.LLE A MÀR1EK.
vous en rapporter à moi ; mais quand il y aurait un peu d'apparat, où serait le mal? le jour où l'on attend un gendre... Un gendre! ce mot-là est si doux pour une mère; et quel plaisir j'aurai à dire : Mon gendre, donnez lamainàma fille; mon gendre, asseyez-vous là.
m. dumesnil. Justement, c'est qu'il ne faudra pas dire cela.
MADAME DUMESNIL. Et pourquoi dolIC?
m. dumesnil. C'est qu'il n'est pasencore notre gendre.
madame dumesnil. Puisqu'il se présente aujourd'hui, puisque c'est la première entrevue.
m. dumesnil. Peut-être sera-ce la dernière, si nous ne lui convenons pas. Cependant, d'après ce qu'on m'a dit du jeune homme, je t'avouerai que j'ai bon espoir.
Ain : Du partage de la richesse.
Il est seul, et n'entre en ménage Que pour avoir des amis, des parents.
MADAME DUMESNIL
Voyez pour lui quel avantage; Nous sommes sept en comptant nos enfants. 11 ne tient pas à la naissance.
m. dumesnil.
D'un bon bourgeois je suis le fils.
madame dumesnil.
Il ne tient pas à l'opulence.
m. dumesnil.
Depuis vingt ans je suis commis. •
Avec de bons appointements, il est vrai, mais ce n'est pas une fortune.
madame dumesnil. 11 est de fait que sous tous les rapports, c'est pour lui un mariage superbe ; et puis notre fille Camille est si douce, si aimable... de l'esprit, des talents, ct*pour ce qui est d'être bonne ménagère, elle a été élevée par moi, c'est tout dire, et il n'y a personne qui nous vaille, à dix lieues à la ronde, pour l'ordre, l'économie, et les confitures de groseilles.
ducoudrai, en dehors. Là, là, ma bonne griselte; non. non, ne lui ôtez pas la bride, je repars dans l'instant.
m. dumesnil. C'est notre cher Ducoudrai, que nous n'avions pas vu depuis trois jours, l'ami delà famille.
madame dumesnil. Et le parrain de Camille; il faut lui fairn part de cette bonne nouvelle : lui qui, depuis un an, se donne tant de mal pour nous trouver un gendre, il va être enchanté.