‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 930 sur 1121 · MADAME DUMESNIL, CAMILLE · texte numérisé non relu

MADAME DUMESNIL, CAMILLE

Camille, avec un papier sous le bras.

Air de la valse de Léocadic.

L amour,

Un jour, Te prendra, Nicettc ;

L'amour,"

Un jour, Te jouera d'un tour.

Jusqu'ici, coquette, ' Tu te ris de nous; Bientôt, ta défaite Nous vengera tous.

L'amour,

Un jour, etc. J' rirai bien, j'espère, S'il a ce pouvoir!

Tu pleureras, ma chère; C'est c' que j' voudrais voir.

Vraiment,

Comment Craindre sa colère ?

Vraiment,

Comment Redouter un enfant?

madame dumesml. Eh! mais, d'où viens-tu donc?

Camille. De la ferme, où j'ai déniché des œufs, et j'en ai plein ce panier, où ils sont tout chauds; comme c'est gentil, tiens, maman. (Elle le pose sur la table.)

madame dumesnil, à part. A merveille, cela servira

pour mon déjeuner ; (Haut.) mais courir ainsi le matin, au soleil; pour se gâter le teint.

Camille. Oh! je n'y tiens pas; c'est si amusant de courir dans la campagne, par une belle matinée de printemps. J'ai respiré le bon air, j'ai cueilli des bluets, et j'étais heureuse... je ne sais pourquoi ; mais enfin, je me trouvais heureuse.

madame dumesnil. De sorte que tu ne désires rien.

Camille. Rien que de rester auprès de toi, auprès de mon père, et de ne jamais vous quitter; je viens d'avoir un si grand bonheur. Imagine-toi, maman, qu'en arrivant à la ferme, j'ai demandé une jatte de lait et un grand morceau de pain lus.

madame dumesnil. Comment! est-ce que tu aurais déjeuné?

Camille. Juste; c'est si bon du pain bis et de la crème.

madame dumesnil, à part. Ah ! mon Dieu ! ce jeune homme qui va arriver; quelle mine fcra-t-elle à table? {Haut.) in vousdemande de quoi vous allez vous aviser?

Camille. Tu as peur que ça ne me fasse mal; mais sois tranquille, je vais faire d'ici au dîner une promenade à âne; déjà j'ai donné mes ordres.

madame dumesnil, à part. Il ne manquait plus que cela; s'en aller au moment où son futur...!. (Haut.) Non, Mademoiselle, vous resterez; je le veux. Mais comme te voilà faite! Pourquoi n'as-tu pas mis une robe qui fût mieux que celle-là?

Camille. A quoi bon ? c'est celle de tous'les jours, et vous m'avez dit qu'il ne fallait pas être coquette.

madame dumesnil. Tu as raison : c'est-à-dire, cependant il y a des occasions... Dis donc, Camille,

on a porté dans ta chambre une robe rose que tu devrais bien essayer, pour que je voie comment elle te va.

Air du vaudeville des Amazones.

En même temps, si j'étais à ta place, Moi, je mettrais tes souliers de satin; Us vont si bien, ils donnent de la gnice,

Camille, étonnée.

On attend donc du monde ce matin?

MADAME DUMESNIL

Non pas, vraiment ; mais vous devez m'entendre: En général, je vous fais observer Qu'à dix-sept ans on doit toujours attendre, On ne- sait pas ce qui peut arriver.

Camille. Qu'est-ce qu'il va donc arriver?.... Je ne sais pas ce que maman a ce matin.

Les précédents, BAPTISTE.

raptiste. Madame, Madame.

madame dumesnil. Qu'est-ce que c'est?

Baptiste. Monsieur vous demande tout de suite, tout de suite; il ne peut pas trouver son jabot brodé.

madame dumesnil. Là! je l'avais mis à côté de ses

bas de soie; mais M. Dumesnil a une tète je vai

lui donner ce qu'il faut; car, en causant avec ce Ducoudrai, il aura tout bouleversé.

LA DEMOISELLE A MARIER

Camille, à part. Et mon père aussi qui fait une toilette !

baptiste. Je vais mettre au feu les rognons et les côtelettes, je n'attends plus que du linge. Je ne sais pas combien il faut mettre de couverts.

madame dumesnil, bas. Veux-tu bien te taire! Je vais sortir les serviettes ouvrées. [A Camille.) Toi, mon enfant, ne te tourmente pas, et songe à ce que je t'ai dit. Sois toujours honne fille, douce, modeste; et va mettre ta robe neuve... parce que tu sens bien que l'amitié... et la bénédiction de tes parents... Embrassemoi, et surtout tâche de te tenir droite. (Elle sort.)

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