‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 963 sur 1121 · LE COMTE DE MORENO, ISABELLE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MORENO, ISABELLE

Isabelle. Quelle, belle galerie nous venons de traverser! C'est admirable pour un bal ; n'esl-il pas vrai,

llloli pere ?

le comte, préoccupé. Oui, oui, ma chère amie.

Isabelle. Avez-vous remarqué quelle belle anglaise 011 pourrait y danser? Il est vrai qu'en Allemagne ils ne couiiaisM'iil 1,111' la valse, qui a bien aussi son nié-

rite. Mais pourquoi, lorsque tout le monde commence à arriver, venez-vous dans ce petit salon où il n'y a personne?

le comte, sans V écouter. Rien n'égale mon inquiétude. Je ne puis nier que ce Chavigni n'ait déjà fait des progrès dans l'esprit du grand-duc. Est-ce que je me serais trompé sur son compte? Il est de fait qu'il a plus de fond, plus de portée que je ne croyais. Il a surtout, ce que j'ai trouvé le plus difficile, une gaieté, une liberté d'esprit, qui lui permettent de cacher a. tous les yeux les desseins qui l'occupent. Pendant la chasse il a su amuser le grand-duc par une foule de contes plaisants. 11 a même fait deux couplets aux dépens du grand-veneur. J'espérais qu'il se fâcherait; mais il en a ri le premier.

Isabelle. Mon père, est-ce que nous ne rentrons p is dans la salle de bal?

le comte. A quoi bon? le prince n'y est pas encore.

Isabelle. C'est que je suis engagée pour la première valse.

le comte. Ali! tu es engagée!., avec qui?

Isabelle. Ah!., mon père! vous devinez bien.

le comte. Comment ! ce serait Chavigni ! Il ne dou'.e de rien; il est d'une audace... Je vous défends, Mademoiselle, de danser avec lui.

Isabelle. 11 faudra clone alors me dégager; car j'avais accepté.

le comte. Vous dégager! non pas, cela aurait l'air d'une rupture.

Isabelle. Je pourrai donc accepter?

le comte. Pas encore ; je ne suis pas décidé.

Isabelle. Mais, mon père, pouvez-vous voir de la politique dans une contredanse?

le comte. Pour un homme d'État, il y en a partout.

Air: Qu'il est flatteur d'épouser celle.

Eu affaires, chacun s'observe;

On n'a garde de se trahir;

Mais dans un bal, plus de réserve,

Chacun ne pense qu'au plaisir.

Notre âme alors, sans défiance,

Laisse échapper tous ses secrets,

Et souvent une contredanse

Nous en apprend plus qu'un congrès.

Tout calculé, je te défends de valser avec lui. Isabelle. 0 ciel !

le comte. Mais je te permets une contredanse... une seule.

Isabelle. Je comprends. C'est plus convenable.

le comte. Oui. Et puis, pendant une contredanse, on peut causer; et lui qui est si étourdi... Tais-toi, le voici.

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