‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 965 sur 1121 · SCÈNE ÏÏL ISABELLE, CHAVIGNI · texte numérisé non relu

SCÈNE ÏÏL ISABELLE, CHAVIGNI

chavigni. De grâce, un mot encore, ne me condamnez pas sans m'entendre.

Isabelle. Non, Monsieur, laissez-moi. Je ne puis le croire encore; notre bonheur dépendait de vous seul, et c'est vous qui avez refusé ma main!

chavigni. Oui, je sens qu'à vos yeux j'ai le plus grand tort; et cependant, vous-même, vous auriez été à ma place, que vous n'auriez pas pu faire autrement; car, s'il faut tout vous avouer... vous ne me trahirez pas... je ne sais rien.

Isabelle. Fi! Monsieur, c'est indigne, de vouloir dissimuler même avec moi, vous qui autrefois étiez la franchise, la vérité même-. Je savais bien que la diplomatie vous gâterait... et qu'une fois qu'on en a l'habitude...

, . chavigni. .

Air de l'Ecu de six francs.

Quoi ! vous m'accusez d'imposture !

Et quel serait mon intérêt?

Je vous l'atteste, je le jure,

Je ne sais rien, voilà le fait,

Et je n'ai pas d'autre secret.

Mais dans ces lieux où tout respire

L'adresse et la malignité,

Pour déguiser la vérité,

Je vois qu'il suffit de la dire.

Isabelle. Et pourquoi, Monsieur, vous être mis dans une semblable position?

chavigni. Comme si c'était de ma faute... Je me trouve ici sans savoir comment, et, s'en m'en douter, lancé au milieu de tous les événements, comme un incident, comme une parenthèse... trop heureux jusqu'à présent de n'avoir pas fait quelques sottises... ce qui ne peut manquer d'arriver; car je marche au hasard, sans savoir où je vais... et si je réussis, on ne doit pas m'en vouloir; car je n'aurai été un grand homme qu'à mon corps défendant.

Isabelle. Cependant, Monsieur, cette conférence, cette entrevue secrète que vous avez eue ce matin avec le prince, et que mon père ne peut s'expliquer...

chavigni. Je le crois bien ; car moi qui y ai assisté, je ne comprends pas encore ce que nous nous sommes dit. Son altesse m'a adressé à la hâte quelques compliments sur mon arrivée, sur la mission dont j'étais chargé, et puis m'a remis sur-le-champ ces deux portraits, que voici.

Isabelle. Vraiment!

chavigni. El qu'il ne tient qu'à vous d'examiner. Vous en savez maintenant autant que moi, Isabelle. Voyons vite.

chavigni. Des diamants superbes, et deux jolies femmes, n'est-il pas vrai ? Par malheur, je ne les connais pas.

Isabelle. Je le crois bien... L'une est une parente du roi de Saxe, et l'autre la cousine de notre souverain. Et pourquoi vous les a-t-on remis?

chavigni. Je vous ferai encore la même réponse, je l'ignore. Son altesse m'a seulement dit : Remettez-les à qui vous savez. Et comme je ne savais pas, ils sont restés entre mes mains. Mais, d'après ce que vous me dites, je devine maintenant que c'est un cadeau qu'il voulait faire à nos deux ambassadeurs; parce qu'au fait, le portrait de leur souveraine... Ce présent peut flatter votre père, lui être agréable... cela pourrait peut-être nous remettre bien ensemble. Daignez vous en charger, et dites lui que c'est moi, moi-même, qui, de la pari du prince, lui envoie ce portrait.

Isabelle. J'y vais à l'instant. Mais vous me promettez bien que vous n'êtes diplomate que par hasard, et sans que cela tire à conséquence.

chavigni. Je vous le jure.

Isabelle. Quevous ne serez jamaisun homme d'État, un homme de talent.

chavigni. Je vous le promets. Vous savez bien que je n'ai rien à vous refuser.

Isabelle. A la bonne heure. Je vais trouver mon père, et puis je reviens, car vous n'avez pas oublié notre contredanse.

chavigni. Je n'oublie jamais les choses essentielles. {Elle sort.)

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