SCÈNE X
CHAVIGNI, puis LA MARQUISE.
chavigni. Où diable me suis-jc fourré? et à qui en
le; diplomate.
ont-ils avec leur double mariage? Depuis que je crois comprendre quelque chose, cela me paraît plus embrouillé que jamais. L'oncle qui veut, le neveu qui ne veut pas; et au fait, pourquoi ne veut-il pas? cela serait tout de suite fini ; je m'en vais lui dire.
L4 marquise. Eh bien ! quelles nouvelles?
chavigm. De très-bonnes. Si son altesse le veut, cela peut s'arranger.
la marquise. Et comment?..
chavigni. Ecoulez bien. Voici, de peur de me tromper, les propres paroles du grand-duc . « Je ne me « soucie pas d'être en hostilité avec deux puissances.. « 11 leur faut aujourd'hui même une réponse satis- « faisante, ou qui, du moins, ne mécontente ni l'une « ni l'autre. »
la marquise. Et c'est justement là le difficile.
chavigm. Attendez donc, ce n'est pas fini .. C'est toujours le grand-duc qui parle. « Il faut donc qu'au- « jourd'hui même mon neveu soit marié, n'importe « avec qui, sinon, c'est vous qui êtes responsable. »
la marquise. 0 ciel!., que dites-vous! vous l'avez amené là?
chavigm. Oui, Madame, et sans beaucoup de peine, car il y est venu de lui-même; mais vous sentez bien que cela ne peut pas durer plus longtemps, et qu'il faut que le prince se décide.
la marquise. Oui, vous avez raison ; c'est le moment, ou jamais; c'est offrir au grand-duc le moyen de sortir d'embarras; c'est, comme il le désire, ne donner de préférence à personne, ne mécontenter ni l'une ni l'autre; c'est la force seule des événements... n'est-il pas vrai ?
chavigm. Eh! oui, Madame.
la marquise. Ainsi donc, vous conseillez au prince...
chavigm. Certainement; il n'y a plus à hésiter.
la marquise. Eh bien! attendez-moi ici; je me charge de tout, et ne vous mêlez de rien.
chavigm. Je ne demande pas mieux, parce qu'après tout, ce que j'ai fait aujourd'hui. .
la marquise. Je vais trouver le grand-duc, et cette idée seule me cause un effroi dont je ne suis pas maîtresse.
chavigm. C'est pourtant vrai... cette pauvre marquise... je crois qu'elle tremble... Allons, Madame, allons, du courage.
la marquise. Oui, j'en aurai, je suivrai vos avis, il faut que notre sort se décide. Dans quelques instants, nous serons perdus tous trois, ou tous trois nous serons au faîte des honneurs et de la fortune. Adieu, adieu... Attendez-moi. (Elle entre dans le cabinet du grand-duc.)