‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 994 sur 1121 · PINCHON, MADAME PINCHON · texte numérisé non relu

PINCHON, MADAME PINCHON

madame pinciion. Et moi je ne le veux pas. pinchon. J'enlends bien, ma petite femme; aussi ce n'est pas moi qui le veux, c'est le général.

LE MARIAGE DE RAISON

madame pinchon. N'importe, tu ne devais pas le, souffrir; laisser partir ce brave Bertrand, qui est notre parent, notre ami. Enfin, c'est l'honneur de la famille; c'est le seul militaire que nous ayons; et s'il était tué, ça n'est pas toi qui le remplacerais.

pinchon. Ce n'est pas là ce que tu me disais il n'y a pas bien longtemps encore.

madame pinchon. Mon Dieu, monsieur Pinchon, il y a temps pour tout; et il ne s'agit pas de cela dans ce moment. Bertrand est-il parti?

pinchon. Je le crois, car il a été chez lui prendre son paquet, et d'puis on ne l'a plus revu.

madame pinchon. Et nous ne l'avons pas embrassé ! nous ne lui avons seulement pas demandé s'il avait besoin de nos services !

pinchon. Si fait, si fait, à telles enseignes que c'est lui qui m'a demandé de l'argent; mais je ne voulais pas sans te prévenir...

madame pinchon. Est-ce que tu as besoin de mon consentement pour obliger un ami? Faut-il être bète !

pinchon. Est-elle bonne ; a-t-elle un bon cœur ! Il n'y a pas une femme comme celle-là.

madame pinchon. De sorte que ce matin, pendant que i j'étais au marché, pendant que je m'occupais des affaires de la maison, tu n'as rien fait que des bêtises; tu n'as pas même eu l'esprit de payer nos arrérages, et d'avoir notre quittance.

pinchon. Puisque clans cette famille personne ne veut d'argent. Le père dit que cela regarde son fils, parce que c'est le bien de sa mère, et qu'il est majeur; et le fils m'a dit qu'il n'avait pas le temps, et que, d'ailleurs, il compterait plus tard avec toi, et qu'il t'attendrait ici, dans le pavillon.

madame pinchon. Et moi, j'ai voulu que tu vinsses avec moi.

pinchon. Et pourquoi?

madame pinchon. Parce que... Je n'ai pas besoin d'autre raison. Jeté dis... parce que.

pinchon. C'est juste. Fallait me le dire plus tôt. madame pinchon. C'est que ces hommes... celui-là surtout, ça ne se doute de rien, ça ne pense à rien; et si on n'avait pas de la tète pour deux, je ne sais pas ce que deviendrait la sienne.

pinchon. Comment, ma femme?

madame pinchon. Tout ça, ce sont des affaires de ménage qui ne te regardent pas. Puisque Bertrand est parti, il faut au moins, en son absence, veiller à ses intérêts. As-tu vu mademoiselle Suzette? lui as-tu parlé de notre cousin?

pinchon. Puisque tu t'en étais chargée.

madame pinchon. C'est juste ; mais ce départ-là changeait tout.

pinchon. Il fallait donc me le dire. Quand tu ne me dis pas le matin ce qu'il faut faire le soir, moi qui n'ai pas l'habitude de penser tout seul...

madame pinchon. Allons, allons, rien n'est désespéré, je r'arrangerai cela.

pinchon. Mais c'est qu'aussi tu me grondes sans cesse.

madame pinchon.

Air : Unhomme pour faire un tableau.

Oui, plaignez-vous, mon cher époux; En vérité, je suis trop bonne :

Mais si j'eus des torts envers vous, Faisons la paix, je te pardonne.

PINCHON

Voyez 1' beau dédommagement ; C'tc paix-là pour toi n'est pas chère.

madame pinchon, tendant la joue7 et lui faisant signe de l'embrasser.

C'est quelque chose cependant, Que d' payer les frais de la guerre.

pinchon. Dieu! quelle femme j'ai là, quelle bonne petite femme ! {Il va pour l'embrasser.)

madame pinchon. Mais finissez donc, monsieur Pinchon; car voici M. le comte.

Page 1