‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 995 sur 1121 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les précédents; M. DE BBEMONT ; SUZETTE, en

costume de mariée.

m. debremont. Bien, Suzette, très-bien; je suis content de toi, mon enfant. (Au moment où M. de liremont entre avec Suzette, Pinchon et sa femme s'éloignent un peu vers la gauche du théâtre.)

madame pinchon. M. le comte qui donne la main à Suzette. Suzette eu belle parure; qu'est-ce que cela signifie?

m. de bremont. Cela signifie, madame Pinchon, que Suzette vient de se marier.

pinchon et madame pinchon. Se marier!

m. de bremont. A l'instant même, le contrat est signé.

madame pinchon. Ah ! mon Dieu ! (A son mari.) Tu vois ce que tu as fait, ce dont tu es cause; il est trop tard, maintenant.

m. de bremont. Trop tard! et pourquoi?

madame pinchon. Pour lui parler de quelqu'un qui, depuis deuxans, l'aime comme un fou, sans oser en dire un mot; et c'est moi, monsieur le comte, qui m'étais chargée de l'apprendre à Suzette; car c'est bien l'amour le plus vrai, le plus honnête!

m. de bremont. Je le crois; mais il est maintenant trop tard.

madame pinchon, pleurant. Hélas! c'est vrai, elle est mariée; je dois me taire : mais quand je pense à ce pauvre Bertrand!

m. de bremont. Bertrand !

madame pinchon. Hé oui ! c'est lui qui l'adorait.

m. de bremont. Hé! c'est lui qui vient de l'épouser.

pinchon et madame pinchon. 11 serait possible !

m. de bremont. Oui, mon enfant; parle maintenant; parle tant que tu voudras, je ne t'en empêche pas. (Madame Pinchon et son mari passent du côté de Suzette, qui se trouve entre eux; M. de Bremont est à sa gauche.)

madame pinchon. Que je suis contente ! et que je lui en fasse mon compliment. Cette chère Suzette, la voici donc notre cousine. Mais comment ça s'est-il fait? vous vous en êtes donc doutée, vous l'avez donc deviné? car ce pauvre Bertrand n'aurait pris sur luimême... Imaginez-vous que tous les soirs il venait à la ferme, et il me disait : « Je n'ose pas, elle ne vou- « dra pas de moi, elle me repoussera. » En parlant ainsi, de grosses larmes roulaient dans ses yeux; et si vous saviez ce que c'est que de voir pleurer un militaire, ça fait mal.

pinchon. Et ce matin, quand il croyait partir, ces papiers qu'il m'avait confiés pour vous, et que je devais vous remettre en cas de malheur; tout ce qu'il avait, tout ce qu'il tenait de h générosité de M. le comte, c'est à vous, Mademoiselle, qu'il le donnait.

suzette. Que me dites-vous?

pinchon. Les voilà; ça appartient maintenant, non pas à lui, non pas à vous, mais à tous les deux, ce qui vaut bien mieux, sans compter ce que fera encore M. le comte; car je suis bien sûr...

suzette. Monsieur Pinchon.

m. de bremont. 11 suffit, cela me regarde; maintenant, mes amis, laissez-nous.

madame pinchon. C'est que nous voulions parler à monsieur voire fils pour nos arrérages, et nous l'attendions ici.

m. de bremont. 11 n'habite plus ce pavillon, j'en ai disposé; mais si vous voulez le voir au château, ne perdez pas de temps, dépêchez -vous, car dans deux heures il sera sur la roule de Paris.

madame pinchon. Eh vite! dépèehoas-nous. Adieu, monsieur le comte; au revoir, cousine. Je n'ai pas encore osé vous embrasser, quoique j'en aie bien envie.

suzette. Ah ! Madame ! Ah ! ma cousine !

madame pinchon. Quoique élevée mieux que nous, je sais que vous êtes bonne, que vous n'êtes pas fière,

et vous nous permettrez de vous aimer comme nous aimons Bertrand, n'est-il pas vrai? Eh bien ! monsieur Pinchon, tu me laisses là, et v'ià que j' m'attendris. Viens-t'en donc vite. Adieu, monsieur le comte; adieu, madame Bertrand. [Elle sort avec Pinchon.)

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