SCENE IX
conde affaire en cour royale... c’est bien ennuyeux. Il va être enroué et fatigué... j’ai fait un bon feu dans sou cabinet... préparé du linge blanc, un bouillon bien chaud... et j’allais venir te retrouver lorsqu’est arrivé... chez moi... un inconnu... un beau cavalier.
hortense. Monsieur d’Aranda?
Henriette. Tu ne penses qu’à lui!
hortense. Non... mais je le vois partout.
Henriette. Bien mieux que cela. Un jeune militaire, une jolie moustache, une belle rosette à sa boutonnière... un air si aimable et si distingué... enfin, il est charmant! hortense. Et qui donc ?
HENRIETTE. Monsieur de Volberg, ton mari. hortense. Mon mari, grand Dieu !
HENRIETTE. Je ne connais que Gabriel qui soit mieux que lui.
hortense, avec effroi. Mon mari!., il est à Paris. Henriette. Lui-même en personne, et comme il connaît à peine sa femme... il avait écrit d'avauce à Gabriel, son ami d’enfance et son conseil, de te prévenir, cle te préparer à son arrivée... de peur du saisissement. hortense, tout émue. Il avait bien raison!
Henriette. Mais Gabriel, qui a aujourd’hui deux causes à plaider, est depuis ce matin au Palais... et ce pauvre jeune homme... monsieur de Volberg venait savoir... hortense. Quoi donc?
Henriette. Si tu consentais à le recevoir...
Air : J’en guette un petit de mon âge.
Qui, moi ! paraître en sa présence?
Oh! non! jamais!
HENRIETTE
Moi, j’ai dit : Oui.
HORTENSE
Ah! qu’as-tu fait? quelle imprudence!
HENRIETTE
Ecoute-donc!.. c’est ton mari!
Quand un mari demande grâce Ou demande permission...
Oh doit l'accorder... ou sinon On s’expose à ce qu’il s’en passe !
Et puis celui-ci m’a touchée... il avait peur... il tremblait... lui, un militaire! il n’osait se présenter seul... et alors... moi je lui ai dit... ,
hortense. Achève?
Henriette. Que je serais ici à trois heures, et que je me chargeais de le protéger...
hortense. Ah ! mon Dieu !
Henriette. Et dans sa joie... il m’a sauté au cou... hortense, avec frayeur. Qu’as-tu fait là?
Henriette. Bail!., un ami de Gabriel... un ami intime!... et puis, ce n’est pas moi qu’il embrassait... j’en suis bieu sûre!
hortense. Eh! qui donc?
Henriette. C’était toi ! . . il ne parlait que d’Hortense... de sa femme. . et profitant de ce que tu n’étais pas là, il te disait des choses si gracieuses et si tendres... c’est là un vrai mari. . un bon mari... Enfin, je croyais entendre Gabriel... et tu vas en juger par toi-même ! hortense. Comment, il va venir!
Henriette. Dans une demi-heure! le temps seulement de s’habiller.
hortense. Je ne veux pas le voir!., je ne le peux pas! Monsieur d’Aranda qui est encore ici...
HENRIETTE. Lui qui était parti.
hortense. Il est revenu.
Henriette. Il faut le renvoyer.
hortense. Je ne iais que cela, et si tu crois que c’est facile...
HENRIETTE, HORTENSE, LOUISE
Louise, entrant par le fond. Madame, le monsieur à qui vous m’avez ordonné de rendre le portefeuille .. hortense. Eh bien !
Louise. Vient de s’éloigner...
hortense, à part Je respire.
Henriette. A la bonne heure! quand le mari arrive... c’est le moins que l’autre... (Elle fait le geste de s’en aller.) Mais il a mis le temps à s’y décider.
Louise. Le temps d’écrire une lettre... de trois pages... pour Madame.
hortense, avec indignation. Pour moi!., par exemple ! et qu’eu as-tu fait?
louise, à voix basse. Il m’avait ordonné... hortense, avec impatience. Parle tout haut! louise. Il m’avait ordonné de ne remettre ce billet qu’à Madame... à elle seule...
Henriette, vivement. Ne le reçois pas... hortense. Si j’étais seule... pon certainement... mais puisque tu es là...
Henriette. Eh bien?..
hortense, prenant la lettre et la passant à Henriette. Vois toi-même ce qu’il veut, ce qui l’amène (A demi-voix) ; car enfin, pour se défendre, il faut connaître j le danger! (Louise remonte au fond.)
Henriette. C’est juste ! ( Prenant la lettre des mains j de Louise.)
louise, à part. Je saurai ce que cela veut dire! c’est ! à nous que reviennent de droit tous les mystères!
Henriette, à Louise. Laissez-nous.
louise, à part, et avec dépit , continue en montrant Henriette. Et si les amies de Madame viennent nous enlever nos profits!..
hortense, à Louise. On t’a dit de nous laisser. louise, d’un air doucereux. Oui, Madame. (Elle sort par le fond.)